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Agriculture bio, producteurs cherchent consommateurs

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Filière - Agriculture bio, producteurs cherchent consommateurs

Après une année 2020 exceptionnelle, l’engouement des Français pour les produits biologiques semble se tasser. La profession s’organise pour informer et séduire de nouveaux consommateurs.

L’année 2020, marquée par la crise sanitaire, a vu le marché de l’agriculture biologique enregistrer une croissance exceptionnelle de 10,4 % par rapport à 2019, soit un chiffre d’affaires de 13,2 milliards d’euros. Mais depuis la mi-2021, la consommation semble se tasser.

Entre 2020 et 2021, selon le Synabio, le syndicat des entreprises de transformation bio en France, le chiffre d’affaires des ventes de produits bio en GMS et magasins spécialisés a diminué respectivement de 2,6 % et 5 %. Cependant, comparativement à 2019, le chiffre d’affaires du bio a progressé de 5,1 % en GMS et de 2,2 % en magasins bio.

Une offre à calibrer

« On manque de données pour statuer sur la situation, nuance le président de la Fnab (1), Philippe Camburet. Néanmoins, on ne va pas nier le tassement de la consommation. Je reste prudent car on constate des choses assez divergentes selon les acteurs et les filières : des progressions par rapport à 2019, mais aussi des producteurs en difficulté pour commercialiser. »

Des difficultés d’écoulement que Philippe Camburet identifie principalement chez des producteurs qui ont été « encouragés trop massivement vers des conversions ». La Fnab demande d’ailleurs au ministère de l’Agriculture de créer un observatoire de la bio. « Quand on n’a pas d’outils de pilotage de simulation de l’offre et de la demande, on envoie malheureusement des agriculteurs au-devant de difficultés. »

Le climat de 2021 a également entraîné des surproductions, notamment dans le secteur laitier. « Cette situation doit conduire à de la conservation ou de la transformation. Il faut qu’on ait des outils pour écrêter les pics de production et gagner en résilience. Être simplement producteur veut dire qu’on est dépendant des aléas et du bon vouloir des metteurs en marché, poursuit Philippe Camburet. Si ceux-ci ont des décisions tarifaires qui sont pénalisantes, on n’a pas le choix. »

Le frein du prix

« En 2021, la part des consommateurs citant le prix comme frein à l’achat s’est érodée de 3 points, se félicite Laure Verdeau, directrice de l’Agence bio. C’est un signal positif sur la démocratisation du bio. » Pourtant, 11 % des consommateurs réguliers de produits bio déclarent vouloir réduire leur consommation, soit 2 points de plus qu’en 2020, et le prix reste toujours, pour 70 % des consommateurs, la première contrainte d’achat, selon le baromètre de l’Agence bio publié le 9 mars dernier. Celui-ci a été réalisé sur un échantillon de 2 100 Français en novembre 2021.

« Un baromètre à nuancer avec l’inflation », selon Laure Verdeau. Est-ce que la baisse du pouvoir d’achat des Français risque de freiner davantage la consommation bio ? Non, selon Philippe Camburet. « Je pense qu’il peut y avoir un effet moins fort que celui qu’on peut attendre dans la mesure où l’écart des prix entre conventionnel et bio va se gommer avec la guerre en Ukraine », explique-t-il.

Dans les enseignes spécialisées qui comptabilisent près d’un quart des ventes de produits bio, les produits (hors fruits et légumes) se vendent 22 % plus cher en moyenne selon l’Observatoire des prix 2021 publié par Familles rurales. Pour le leader Biocoop, le marché reste porteur mais « la montée de labels moins disants donne l’illusion d’acheter du bio moins cher ».

Informer et promouvoir

« Les labels qui font référence aux pesticides sont plébiscités », souligne Laure Verdeau, en référence au « Zéro résidu de pesticides » ou « Haute valeur environnementale ». Si le logo AB est celui dans lequel les consommateurs ont le plus confiance, il n’en reste pas moins que quasiment la moitié des consommateurs bio jugent le niveau d’information sur la réglementation insuffisant. Ils sont même 23 % à penser que le cahier des charges à l’AB s’est assoupli.

« Il y a une grande interrogation des consommateurs sur le label bio, souligne Pierrick de Ronne, président de Biocoop. On trouve des concombres bio emballés sous plastique, du bio importé d’Europe du Sud […]. Cela sème le doute dans l’esprit des gens, qui voudront acheter plus local ou plus équitable. »

Des lacunes dont s’est emparée la profession en lançant l’Équipe de France du bio le 3 mars dernier. Constituée de l’Agence bio, Natexbio-Maison de la Bio ainsi que huit interprofessions agricoles, celle-ci a pour objectif de communiquer et de promouvoir, de façon collective, le mode de production biologique et ses spécificités ainsi que les bénéfices environnementaux du bio. Dotée d’un budget d’un million d’euros, la campagne sera lancée dès le printemps.

Alessandra Gambarini

(1) Fédération nationale des agriculteurs biologiques.

Plus d'infos sur le sujet

4 %

c’est le taux de déconversion en bio pour 2020. « Les retours que j’ai ne sont pas alarmants, commente Philippe Camburet, de la Fnab (1). Néanmoins, nous restons toujours vigilants sur ce chiffre.»

Témoignage
« Mon lait est collecté en conventionnel depuis janvier » Dominique Sautré, éleveur laitier à Vittel (Vosges )

« Je suis converti au bio depuis 41 ans. Depuis le 1er janvier 2022, mon lait est collecté en conventionnel. Nous sommes douze producteurs à être dans cette situation. Pour ma ferme, cela représente une perte d’environ 4 000 € par mois, soit 120 à 130 € la tonne. Chez certains de mes collègues, c’est le double. La chambre d’agriculture et les syndicats se sont mobilisés pour trouver des solutions. Avec notre coopérative, nous explorons la piste d’une transformation de notre lait en fromage bio. L’idée d’une fruitière, sur le modèle de ce qui se fait en Franche-Comté, a également été évoquée. Mais nous sommes douze producteurs à une cinquantaine de kilomètres les uns des autres, cela semble compliqué à mettre en œuvre. Certains de mes collègues envisagent également la déconversion. Nos charges de productions actuelles avec un prix de vente en conventionnel, ce n’est plus possible. De mon côté, je vais essayer d’améliorer la qualité de mon lait en intégrant des jersiaises dans mon troupeau. En attendant, tous nos investissements sont à l’arrêt. Selon moi, nous sommes partis sur trois à quatre années de crise. Le lait bio représente seulement 5 % de la collecte nationale et le marché est déjà saturé. En parallèle, nos politiques veulent augmenter les surfaces en agriculture biologique. Le bio est une petite niche, on ne peut pas le généraliser alors que les marchés ne sont pas là. »

Un décrochage de consommation en fruits et légumes

En 2021, Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais, alertait déjà sur « un vrai décrochage de la consommation » lié aux « pressions sur les budgets des Français ». Cela est dû aussi à un « problème d’identité des produits bio » face aux enjeux sociétaux comme le local ou le sans pesticides, qui ne sont « pas suffisamment pris en compte », analyse Laurent Grandin, son président.

Le bilan de consommation 2021 du CTIFL et d’Interfel met ainsi en évidence, sur la période de janvier à novembre 2021, une baisse des achats de fruits et légumes frais bio, en volumes, de 11 % comparé à 2021, et de 6 % sur 2018-2020 (données Kantar Worldpanel). La pomme bio est particulièrement touchée. « L’offre se développe très vite, et notre réalité de marché, c’est de vraies difficultés d’écoulement », observe Josselin Saint-Raymond, directeur de l’ANPP (1).

J. Papin

(1) Association nationale pommes poires.

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Commenter cet article 1 commentaires
AGNES SARI

Le bio ne serait finalement pas la solution à la crise agricole. Quelle surprise!

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Cet article est paru dans La France Agricole

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