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Conduire un système bovins viande bas carbone

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Environnement  - Conduire un système bovins viande bas carbone
« Les bois pâturés sont des surfaces précieuses pour le bien-être de mes vaches en cas de pics de chaleur », explique Nicolas Peyrard. © DR

Attentifs à l’empreinte environnementale de leur ferme, les associés du Gaec Minival ont réalisé le diagnostic CAP’2ER. Ce bilan leur a permis d’identifier des pistes de progrès.

Apiculteur à ses heures perdues, Nicolas Peyrard, qui a repris l’exploitation familiale il y a vingt ans, s’intéresse aux enjeux écologiques depuis toujours. Associé avec son frère Dominique et sa sœur Cécile sur la ferme, ces derniers ont entamé une première évaluation environnementale, via l’outil CAP’2ER, en 2016.

Réduire l’empreinte de l’atelier viande

Dans le cadre du plan Life Beef Carbon mené par l’Institut de l’élevage, « une cinquantaine d’exploitations de bovins allaitants a été diagnostiquée niveau 1 dans le département », rapporte Philippe Halter, conseiller à la chambre d’agriculture de Haute-Loire. La moitié d’entre elles, incluant le Gaec Minival, a été soumise à un second diagnostic en 2018. Début 2021, le Gaec a souhaité s’engager dans le label bas carbone à travers l’appel à projets de France Carbone Agri Association (FCAA) en réduisant l’empreinte de son atelier viande. Une nouvelle évaluation, de niveau 2 cette fois, a ainsi été réalisée sur l’année 2020.

« La réduction de l’impact de mon troupeau de vaches allaitantes constitue une somme de petits efforts. »

La fratrie, qui commercialise une quarantaine de veaux de lait, une dizaine de femelles engraissées chaque année et des petits fruits rouges en vente directe, est au contact permanent des consommateurs. Avec leur bilan carbone en main, les exploitants peuvent d’ores et déjà se rendre compte des contributions positives de leur élevage et les partager avec leur clientèle. En 2020, le troupeau de limousines du Gaec Minival a nourri 328 personnes, stocké 277 tonnes équivalent CO2 et entretenu 195 équivalents ha de biodiversité.

Pour améliorer ses résultats, la famille Peyrard mise sur un assolement composé à plus de 90 % de surfaces en herbe. Afin de favoriser le stockage du carbone, les exploitants privilégient les prairies à rotations longues (six ans et plus) et l’implantation de haies.

Des haies valorisées en litière

« Nous comptons, aujourd’hui, 3 900 mètres de haies, soit 1 180 mètres de plus qu’en 2016 », analyse Nicolas. En plus d’incorporer du carbone dans les sols, « la présence de haies aux versants nord protège les prairies de même que les cultures du vent, reprend l’éleveur. Elles constituent également, tout comme les bois pâturés, des zones d’ombrage indispensables l’été pour nos animaux. »

Une fois que les haies seront suffisantes, les exploitants comptent valoriser les déchets verts sous forme de plaquettes, en complément de la paille. « L’an passé, l’apport extérieur de 250 tonnes de plaquettes en sous-couche nous a donné la possibilité de réduire d’un tiers nos achats de paille », note l’agriculteur. Or, ceci n’a aucune incidence sur l’état de propreté de ses vaches.

Au niveau de la stabulation principale, hébergeant 90 mères, les associés ont également choisi d’installer des panneaux photovoltaïques depuis 2012. Grâce à ces efforts, 35 % des émissions de gaz à effet de serre du cheptel ont été compensées par le stockage de carbone l’an dernier. « Subissant les sécheresses à répétition, nous projetons d’équiper nos bâtiments pour la récupération des eaux pluviales, poursuit Nicolas. Nous devons, en parallèle, nous atteler à la conduite d’élevage. » Le diagnostic pointe, par exemple, un âge au premier vêlage de 37 mois un peu élevé par rapport aux données de référence d’un système naisseur engraisseur de veaux en France. « Cependant, il s’avère difficile de passer en dessous de 35 mois quand nos génisses de renouvellement montent en estive et sont élevées de façon extensive », admet l’éleveur.

C’est, au final, l’addition de petites actions qui donnera la possibilité au Gaec Minival d’améliorer significativement son bilan et de prétendre, d’ici cinq ans, à la vente de crédits carbone.

Lucie Pouchard

Le récap
Les points positifs
  • Évaluation des bonnes pratiques engagées sur l’exploitation.

  • Communication positive envers les consommateurs, d’autant plus en vente directe.

Les points négatifs
  • Leviers zootechniques à actionner sur une longue durée.

  • Résultats contrastés selon les aléas climatiques.

L’expert
« Miser sur la productivité du cheptel » Philippe Halter, animateur de la filière des bovins à viande à la chambre d’agriculture de la Haute-Loire

« Corriger les facteurs pénalisant la productivité du cheptel constitue un levier prioritaire. Quelques marges de progrès peuvent être gagnées en éliminant plus rapidement les vaches improductives et en réduisant l’intervalle entre vêlages notamment. Pour la gestion des effluents, l’allongement du temps au pâturage, même de quelques jours en sortie d’hiver et à la fin de l’automne, contribue à baisser la fermentation et l’oxydation des litières en bâtiment. Afin de limiter les intrants, le travail sur l’autonomie alimentaire est crucial. Dans les achats, les productions non OGM et locales sont à privilégier. En termes de débouchés, la valorisation en circuits courts ne peut qu’être encouragée pour abaisser l’empreinte carbone des transports. »

Le contexte

Le Gaec Minival, à Saint-Romain-Lachalm, en Haute-Loire, compte 100 vaches limousines.

3 associés et 1 salariée à temps plein.

SAU de 133 ha, dont 88 ha de prairies permanentes, 33 ha de prairies temporaires, 8 ha de céréales.

• Un atelier de petits fruits (4 ha) et une production de 150 poules pondeuses.

Un diagnostic multicritère

Nicolas Peyrard (à g.) et son conseiller Philippe Halter. Le Gaec a implanté l’automne dernier une haie de sorbiers et de prunelliers. © L. Pouchard/GFA
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