« J’ai vraiment aimé le maraîchage et j’aimerai toujours ce métier, assure Anne-Gaëlle Scatton devenue animatrice en installation et transmission. Je ne suis pas issue du milieu agricole. Je fais partie de celles qui n’ont pas grandi avec cette passion, mais qui l’ont construite en faisant le choix de l’agriculture comme voie professionnelle. »

« C’est l’injustice de tout donner sans rien avoir qui m’a dégoûtée »

« J’ai d’abord travaillé cinq ans en communication, mais ça ne me correspondait pas. D’autant que j’ai toujours été passionnée par l’horticulture. C’est la rencontre avec mon ex-compagnon qui a acté ma reconversion. On s’est lancés en maraîchage. J’étais conjointe collaboratrice. On a loué 7 ha et on a tout créé. C’était une aventure incroyable, j’ai tout aimé dans ce métier. Ça a duré huit années. »

« Puis j’ai décidé d’arrêter avant de détester. C’est l’injustice de tout donner sans rien recevoir qui m’a dégoûtée. Ça me serrait le ventre de voir que les maraîchers n’avaient pas d’aides. La séparation d’avec mon conjoint m’a donné une raison supplémentaire de partir. J’étais épuisée et mère de deux jeunes enfants. Il fallait que je m’arrête pour ne pas m’abîmer. »

« Comment faire valoir huit ans de maraîchage ? »

« J’ai eu peur des réactions. Ce n’est pas évident d’assumer une telle décision sans craindre qu’elle soit perçue comme un échec. Au final, le fait d’avoir travaillé huit ans m’a donné une sorte de légitimité à dire stop. J’avais prouvé mon engagement. Mais je n’ai pas claqué la porte du jour au lendemain. »

« Plusieurs années durant, j’ai continué à aider aux champs, à faire la comptabilité, en parallèle de mon nouveau travail. Il y avait encore le nom de la ferme sur mon répondeur. Il m’a fallu une transition pour quitter ce métier en douceur. Aujourd’hui, l’exploitation appartient au passé. »

« Quand j’ai arrêté le maraîchage, j’ai travaillé un an dans une maison française rurale (MFR). Mais ça ne m’allait pas. J’ai été au chômage un an et demi, me demandant si je devais tourner le dos une bonne fois pour toutes à l’agriculture. J’avais perdu confiance en moi, c’était une période de doutes. Je m’interrogeais sur mon employabilité. Comment faire valoir huit ans de maraîchage ? Je redoutais que les employeurs ne se rendent pas compte de toute l’énergie que requiert ce métier. Qu’ils ne voient qu’une conjointe qui avait fait une tâche répétitive. »

« Je suis une battante »

« Au final, cette pause a été salvatrice. Elle m’a remis les idées en place. Je ne pouvais pas renier ma passion et mon engagement pour le milieu agricole. Alors j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai postulé à la fédération régionale des Civam de Bretagne. Je ne pensais pas obtenir le poste, je ne me sentais pas légitime. Finalement, je suis animatrice en installation transmission depuis trois ans. Je suis désormais à ma place, fière et sereine. Je suis une sacrée battante ! »