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Le biométhane n’attend point le nombre des années

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Manutention. Loïc Detruche a aménagé son site de méthanisation avec une plateforme centrale et les installations autour. Deux fosses accueillent les déchets amenés de l’extérieur (à g.), puis les digestats issus de la méthanisation subissent une séparation de phase (à dr.). © Photos : V. Gobert

À peine installé sur la ferme familiale de Haute-Savoie, Loïc Detruche a concrétisé son projet biogaz. L’exploitation est pionnière dans la région.

«C’est quand on est jeune qu’il faut se lancer », dit-il sans ciller. Après seulement sept ans d’installation et à l’âge de 28 ans, Loïc Detruche injecte depuis l’été 2017 le biométhane de sa ferme dans le réseau de GRDF. En Gaec avec ses parents dans la petite ville frontalière de Veigy-Foncenex, l’exploitation s’étend sur 250 ha dont 100 ha de prairies. Pas moins de 130 vaches laitières, 280 têtes de bovins en tout, et un atelier de poules pondeuses complètent l’activité. « Nous récupérons les fumiers, lisiers, déchets de céréales et refus d’alimentation pour la méthanisation, décrit Loïc. Cela représente 5 500 t par an. Nous complétons à hauteur de 10 000 t avec des intrants extérieurs : graisses déshydratées, tontes et divers déchets agroalimentaires. Mais pour tout cela, nous n’avons pas de contrat pluriannuel. Rien n’est garanti. » Néanmoins le jeune éleveur, qui réfléchissait déjà à son projet alors qu’il n’était qu’en BTS en maison familiale, reste serein. « Je me fais payer pour récupérer ces matières, il ne faut pas rater les propositions. »

En sortie du système, Loïc opte pour une séparation de phase. « Mon prestataire la met justement en service aujourd’hui, raconte Loïc. J’épands ensuite sur mes parcelles et sur 40 ha de plus chez des céréaliers. » Mais si tout semble fonctionner correctement aujourd’hui, ça n’a pas toujours été le cas. Les sept ans de montage ont été ponctués de plusieurs difficultés.

Raccord à 250 mètres

« Lorsque j’ai débuté le montage du projet en 2012, je suis d’abord parti sur un modèle de cogénération, se souvient Loïc. Un centre sportif communal était à l’étude et je devais y valoriser la chaleur. Mais ce projet est tombé à l’eau en 2015 et je ne voyais pas de solution satisfaisante pour utiliser la chaleur. » Loïc change alors son fusil d’épaule et part sur l’injection de biométhane. « Nous sommes près du réseau de distribution de gaz, décrit Loïc. Nous avons tiré 250 m de tuyaux et la pression a dû être abaissée de 8 à 4 bars pour accepter notre production de 65 normo mètres cubes par heure. »

Pour le reste, l’unité de méthanisation est plutôt semblable à bien d’autres. Loïc a dû effectuer un terrassement important. Pour intégrer la méthanisation dans le paysage, les cuves sont enterrées à 3 m. Les matières restent 50 jours en rétention dans le digesteur chauffé à 40 °C. Trois agitateurs y sont immergés à 6 m et le niveau reste constant. Les matières passent ensuite dans la cuve de stockage qui peut accepter plusieurs mois de production. En ce qui concerne l’épuration, Loïc a choisi un procédé membranaire. « La solution que propose Prodeval est majoritaire et semble faire ses preuves, commente l’éleveur. Et puis l’entreprise n’est pas loin, à Valence. Pour le moment, le seul souci que nous avons eu a été une panne du chromatographe, géré par GRDF. L’appareil sert à vérifier la qualité du biométhane juste avant de l’injecter. Pendant quelques jours, nous n’avons pas pu injecter de biométhane. C’est quelque chose qu’on ne contrôle pas. Nous avons dû brûler le gaz. C’est dur à accepter, au début. »

Portes ouvertes

La proximité du voisinage n’a pas été un problème. « La maison la plus proche est à 130 m, détaille Loïc. Il y a eu des craintes de nuisances olfactives et sonores. Nous avons organisé des portes ouvertes et des réunions. Le résultat a réussi à convaincre. » Côté maintenance, les entreprises Biogaz Service, Methalac pour le bureau d’études, B2S pour la construction et Prodeval présentent des garanties et des périodes d’intervention. Mais Loïc s’est aussi formé. « L’un des quatre salariés de la ferme travaille également sur la méthanisation », précise-t-il, avant d’ajouter que « de toute façon, il ne lâchera jamais les rênes de l’unité ». Car Loïc s’est beaucoup investi personnellement. Et il y a aussi investi beaucoup d’argent : 3,2 millions d’euros en tout. Ademe et collectivités ont aidé à hauteur de 675 000 €. Avec un prix de revente du biométhane assuré sur 15 ans, le reste de l’investissement est du crédit sur 13 ans, ce qui pénalise quand même le Gaec. Loïc attend un retour sur investissement à 9 ans.

Vincent Gobert
Épuration. Le charbon actif élimine le soufre du biogaz. Le gaz est encore amené à 13, voire 15 bars. Les membranes Evonik éliminent jusqu’à 39 % de CO ©
Recette. La ration est notamment préparée grâce au bol mélangeur BVL. Fumiers équins, refus d’alimentation, déchets de céréales y sont intégrés chaque jour.
Digestat. Après le séjour en digesteur et post-digesteur, la matière méthanisée subit une séparation de phase. La société Biogaz service a mis justement en fonctionnement le séparateur fin janvier, six mois après le démarrage opérationnel de l’activité.
Lisiers. Un racleur passe deux fois par jour dans la stabulation. Le lisier est stocké dans une fosse de 100 m
Des évolutions sous conditions

Si pour l’heure Loïc Detruche veut en rester à sa capacité de branchement de 65 Nm3/h, il n’exclut pas des changements à moyen ou long terme. Son unité est capable d’injecter plus. Mais une élévation sera conditionnée par plusieurs facteurs externes. Le premier est la consommation locale de gaz. « Le secteur est au maximum. Les deux communes du réseau absorbent 100 % de gaz renouvelable l’été, 45 % sur l’année. Mais il peut y avoir des solutions futures de maillage sur le réseau », précise GRDF. Un autre frein pour l’activité est la proximité avec la frontière et les droits de douane exigés. Tous les intrants viennent de France. Les valorisations de biométhane et de digestats sont aussi trop complexes « à l’export ».

Processus. L’épuration est l’étape physico-chimique la plus complexe.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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