La flambée des prix des équipements agricoles a alerté la commission des affaires économiques du Sénat. Elle a saisi l’Autorité de la concurrence d’une demande d’avis concernant le fonctionnement concurrentiel du secteur de l’agroéquipement. L’Autorité a choisi de concentrer son étude sur les tracteurs. Dans son avis remis le 7 janvier 2026, elle s’intéresse notamment au contrat qui lie le concessionnaire à sa marque de tracteur. Et c’est notamment l’absence de concurrence entre les concessionnaires d’une même marque qui interpelle l’Autorité. Elle relève que diverses clauses des contrats de concession sont susceptibles de restreindre la concurrence intramarque, déjà très limitée compte tenu de l’existence de clauses d’exclusivité territoriale. En échange de ce territoire sans concurrent de la même marque, certaines clauses imposent l’exclusivité aux concessionnaires. La plupart des tractoristes interdisent ainsi à leurs distributeurs de vendre plusieurs marques, sauf éventuellement quand elles viennent du même groupe. Par ailleurs, la dépendance économique du concessionnaire vis-à-vis de son tractoriste lui impose de vendre l’ensemble de sa gamme de produits, réduisant ainsi le choix des agriculteurs en matériels de fenaison ou de manutention, par exemple. Le chiffre d’affaires de la concession est intimement lié à ses performances sur sa marque principale et notamment aux conditions de remise accordées par le tractoriste en fin d’année, ce qui limite la marge de décision du distributeur.
« Mutation inquiétante du réseau »
Le rapport pointe aussi la faible concurrence sur le secteur de l’après-vente. « La concurrence des réparateurs tiers ou des concessionnaires d’une autre marque est susceptible d’être freinée par différents avantages concurrentiels dont bénéficient les concessionnaires agréés. Ces derniers ont en effet directement accès aux pièces d’origine, aux logiciels techniques, aux outils de diagnostic ainsi qu’aux manuels d’entretien propres à la marque concédée et leurs personnels sont spécifiquement formés pour réparer les tracteurs de cette marque. » Les agriculteurs sont donc souvent contraints de se tourner vers le concessionnaire agréé de la marque de leur tracteur, en privilégiant de plus celui de leur secteur géographique, ce qui limite encore leur capacité de négociation et de comparaison des prix. De plus, certaines garanties sont conditionnées à l’utilisation de consommables fournis par la marque.
Mais pour Vincent Louault, Sénateur de l’Indre-et-Loire, le rapport oublie un phénomène très inquiétant, « celui de l’écosystème des concessions qui est en train de changer avec l’arrivée de grands groupes automobiles qui récupèrent des secteurs géographiques immenses, à la place de plusieurs entreprises familiales. Nous assistons à une financiarisation des concessions agricoles, avec le risque de n’avoir plus qu’un ou deux distributeurs d’une marque dans le pays, comme c’est le cas avec Caterpillar dans le BTP. C’est de toute façon dans l’intérêt d’un tractoriste de n’avoir que quelques interlocuteurs, totalement captifs à sa marque. »