La production de semences est une affaire de famille chez les Bourgeois. Quand Thomas reprend l’exploitation familiale à Léglantiers, dans l’Oise, en 2009, céréales, graminées et légumineuses fourragères, lin fibre et oléagineux sont déjà multipliés depuis de nombreuses années. « En 1998-2000, on était les premiers à produire de la semence de blé hybride », se souvient-il. Un savoir-faire qu’il fait perdurer aujourd’hui, à la différence que les quelque 240 hectares de la ferme sont désormais en agriculture biologique.

Redécouverte du métier

L’agriculteur a entamé la conversion en 2019, sa « crise de la quarantaine », plaisante-il. « Cela faisait dix ans que j’avais pris la suite de l’exploitation, et j’avais besoin d’une redécouverte de mon métier, de changer mon système. » Il pense d’abord à se tourner vers l’agriculture de conservation des sols : il arrête le labour et implante des couverts végétaux complexes en interculture. Mais le matériel le freine : « J’ai également une entreprise de travaux agricoles, et je ne pouvais pas me permettre d’avoir un semoir pour le semis direct et un autre “classique” pour mes prestations. » Après deux ans de réflexion, il décide de sauter le pas du bio. « Je suis reparti d’une feuille blanche », confie-t-il.

Productions adaptées

Pendant la phase de conversion, l’exploitant a cessé la production de semences, par manque de valorisation. « J’aurais été obligé de tout vendre au prix conventionnel, explique-t-il. Mon but reste les marges. » Sa conversion achevée en mai dernier, il reprendra à l’automne la multiplication de semences de céréales. Blé, grand épeautre, triticale, seigle, ou encore avoine, orge de printemps… Il prendra les contrats intéressants. « Je cherche la valeur ajoutée et la sécurité de cette technique que je maîtrise bien, même si le passage en bio nécessite des adaptations. » Alors qu’il ne cultivera plus le lin fibre pour sa semence, trop compliqué en bio, Thomas compte bien poursuivre en lin oléagineux. Fétuque élevée, trèfle violet et luzerne sont déjà implantés cette année sur l’exploitation pour la semence.

« En bio comme en conventionnel, les normes de production sont les mêmes », rappelle-t-il. Elles sont notamment exigeantes en termes de pureté sur la folle avoine et la nielle. « L’avantage des céréales, c’est que si elles ne sont pas aux normes, elles peuvent être revalorisées en alimentation animale. Mais dans le cas des graminées fourragères, j’en fais quoi ? Le risque est plus important sur ces cultures-là. »

La luzerne, dont il échange la précoupe avec du fumier d’un éleveur voisin, fait partie des nouvelles cultures introduites dans la rotation. « J’ai également ajouté le soja et le tournesol, et j’ai arrêté le blé sur blé. L’idée est de casser le cycle des maladies et mauvaises herbes. J’adapte l’assolement en fonction des marchés, de la météo, et je n’hésite pas à retourner une culture pour en faire une autre si besoin. »

Changements de pratiques

Désherbage oblige, le labour a également retrouvé sa place dans le système, en plus du travail mécanique avec la herse étrille et la bineuse dans lesquelles il a investi. L’agriculteur s’est, de plus, essayé à la culture de trèfle blanc sous couvert de céréales. « Il bénéficie des conditions d’implantation du printemps, qui sont plutôt favorables, et se met gentiment en place sous la céréale, indique-t-il. Lorsque cette dernière est récoltée, le trèfle couvre déjà le sol, limitant les adventices, et se développera encore, profitant de la lumière et de l’humidité sous la paille. »

À l’avenir, Thomas songe à se diversifier dans la culture de pois de conserve, voire même de haricots, et il a tenté cette année la culture de chia. Justine Papin