À la mi-août, l’agnelage d’été se termine chez Baptiste Barrère. « Produire à contre-saison n’est pas facile. Je dois assurer en même temps les foins. Mais c’est nécessaire pour avoir des agneaux prêts à l’automne, à un moment où la filière en manque », affirme le jeune éleveur. Installé à Chirac, en Lozère, il élève seul 300 brebis blanches du Massif central sur 150 ha. En 2016, à la reprise de l’exploitation, il a dû rénover la bergerie. « J’ai refait des bardages en bois et j’en ai profité pour ajouter des ouvrants », note-t-il. L’air entre ainsi par les quatre côtés et repart par un lanterneau au faîtage. L’été, la température reste supportable pour les brebis comme pour l’éleveur.

Agnelages en deux périodes

Baptiste conduit son troupeau en deux lots. L’un agnelle en décembre, l’autre en juillet et août. « Je réserve la bergerie principale à l’agnelage et à l’allaitement. Sur 500 m2, j’y loge sans problème un lot de 150 brebis avec leurs 200 agneaux », explique-t-il. La place est suffisante pour installer 20 cases individuelles. Celles-ci lui permettent de bien surveiller les nouveau-nés et de vérifier qu’ils tètent rapidement le colostrum. Le jeune agriculteur a installé trois auges qui divisent l’espace en quatre travées. « Je sépare les brebis qui ont deux agneaux de celles qui n’en ont qu’un, tout en tenant compte de la date d’agnelage. Je constitue ainsi quatre lots homogènes et j’ajuste la ration des mères. » Afin d’accueillir le deuxième lot, en gestation pendant que le premier agnelle, il a aménagé une zone de 300 m2 dans la grange attenante. « Dans le but de faire de la place, j’ai déplacé le stockage des fourrages sous deux tunnels. »

Avec ces deux périodes d’agnelage, Baptiste étale sa production et réduit les pics de travail, avec 150 brebis à surveiller à la fois. Chacune d’elles n’agnelle qu’une fois par an. « Je n’ai pas assez de ressources fourragères pour accélérer le rythme », indique l’éleveur, qui tient à rester autonome pour contenir les charges.

Autonomie alimentaire

La moitié des 60 ha de près de fauche est semée en sainfoin ou luzerne. « Je réserve leur foin à la préparation de l’agnelage et à la lactation. Depuis trois ans, je n’ai plus besoin d’acheter de tourteau », annonce-t-il. Ces deux légumineuses sont cultivées en rotation avec 8 ha d’orge. Cette céréale lui offre la possibilité de complémenter ses brebis. Le surplus est échangé contre de l’aliment pour agneau, ce qui réduit le coût de celui-ci. « Pour la préparation à l’agnelage, je fais également pâturer du colza fourrager en dérobée. »

Les brebis restent en bergerie du 15 décembre au 1er avril, de même que quelques semaines l’été pour le lot qui agnelle à ce moment-là. Le reste de l’année, elles pâturent sur les regains et les parcours. Ces derniers sont en partie clôturés. « Sur l’autre partie, je garde les brebis. Avec l’aide de mes chiens, j’arrive à leur faire utiliser toutes les surfaces », révèle Baptiste.

Travaillant seul, il apprécie d’autant plus la présence des chiens. « Ils m’aident au quotidien, pour les déplacements en extérieur comme en bergerie. » Il fait, par exemple, appel à eux pour pousser les agneaux dans leur parc au moment où il distribue la ration des mères. « Celles-ci mangent plus tranquillement. Il n’y a plus d’agneaux qui profitent qu’elles soient bloquées au cornadis pour venir voler du lait. J’ai donc moins de problèmes de pis à soigner. »

Alléger la charge de travail

Au champ, Baptiste a fait le choix de déléguer la plupart des travaux, foins mis à part. « Cela me coûte moins cher car je n’ai pas assez de surface pour amortir du matériel. Le travail est bien fait avec des outils performants et je libère du temps que je consacre au troupeau », détaille-t-il. En 2020, avec un EBE (1) de 50 000 €, il a dégagé un revenu correct. Il lui reste à conforter son système et à alléger un peu le travail en gagnant encore en expérience. « Je continue à apprendre en échangeant avec les techniciens et les autres éleveurs. »

Frédérique Ehrhard

(1) Excédent brut d’exploitation.