Une vingtaine d’hectares de l’EARL de Krebsbach, à Bernwiller, dans le Haut-Rhin, sont situés dans une zone de captage d’eau. « Cela peut être perçu comme une contrainte, mais nous l’avons plutôt vu comme une opportunité », déclare Jérémy Ditner, cogérant de l’exploitation avec son père Mathieu. En Alsace, comme dans d’autres régions, certaines zones de captage sont soumises à une pression réglementaire assez forte : le préfet peut, par signature d’un arrêté, imposer aux agriculteurs l’arrêt de l’utilisation de tout intrant, ou encore ordonner la mise en herbe de l’ensemble de la surface.

« Dans notre cas, la principale problématique était le taux de nitrate », explique Jérémy Ditner. Pour anticiper d’éventuelles évolutions réglementaires contraignantes, un projet commun a été initié (lire l’encadré). Il a, notamment, mené à l’implantation de miscanthus dans la zone à enjeu eau en 2009. Les analyses sont passées de 45 mg/l en 2009 à 29 mg/l aujourd’hui. « Ce sont de très bons résultats, qui sont stabilisés », considère Mathieu Ditner.

Si l’EARL était déjà engagée dans des démarches de réduction de produits phytosanitaires – Ecophyto, MAET (1), MAEC système (2) – , les contraintes liées à ce captage ont encouragé les exploitants à aller plus loin dans la démarche de réduction du travail du sol et de sa couverture permanente. Une aide à l’investissement leur a permis, par exemple, d’acquérir une roto-étrille équipée pour le sursemis des céréales.

En plus de participer à l’amélioration de la qualité de l’eau, ces pratiques sont aussi une manière d’anticiper les changements climatiques à venir, au cas où « les événements exceptionnels deviennent la norme ». Mathieu et Jérémy souhaitent tous deux protéger au maximum leurs sols, riches en limon, donc très sensibles à l’érosion et à la battance.

« L’année dernière, nous avons subi, coup sur coup, deux orages à 100 mm d’eau en une heure », se souvient Jérémy. La mise en place de nouvelles pratiques de conservation des sols se développe sur l’ensemble de la zone de captage. « Il y a eu une forte prise de conscience de l’importance de la qualité de l’eau par les agriculteurs », estime Mathieu.

Observer et échanger

Couverts variés, plantes compagnes, variétés anciennes… Les exploitants aiment tester de nouvelles techniques sur quelques hectares. « Une sorte d’investissement R & D pour l’exploitation », plaisante Jérémy. Les essais ne fonctionnent pas à tous les coups : l’année dernière, le semis de soja en TCS derrière un couvert végétal a fait surgir le problème de chénopodes. « Il y avait trop d’azote résiduaire dans le sol, estime-t-il. Il faut encore travailler la méthode. » Il insiste sur la nécessité d’observer, d’échanger et de se former régulièrement pour aller vers de plus en plus de souplesse et ne rien s’interdire.

En 2017, les parcelles situées dans la zone de captage sont passées en bio. « De petites choses nous ont fait progressivement réfléchir à la conversion. Par exemple, diminuer l’utilisation des fongicides en boostant les cultures avec de l’azote minéral, ce n’est pas tenable, explique Jérémy. Nous avions comme objectif de convertir l’ensemble de la ferme progressivement, dans les trois à quatre ans. » Mais, en 2018, les agriculteurs décident finalement de convertir l’ensemble des surfaces. « La cohabitation des deux systèmes de culture créait trop d’antagonismes », ajoute Jérémy.

Si les évolutions ont été initiées autour de la question de l’eau, elles se sont progressivement élargies. « L’idée est de se tourner vers le modèle le plus résilient possible, autant d’un point de vue du sol et de l’agronomie, que d’un point de vue social et économique », souligne-t-il.

Pommes de terre vendues en filière courte, implantation de haies… Les projets de l’EARL ne manquent pas.

Hélène Parisot

(1) Mesures agroenvironnementales territorialisées.

(2) Mesures agroenvironnementales et climatiques.