Lorsqu’il a cherché à reprendre une exploitation dans le Nord, pour rejoindre sa compagne, Pierre Campion n’avait pas vraiment pensé au bio. « Mon prédécesseur avait déjà converti 7 ha sur les 30 que compte la ferme, j’ai décidé de poursuivre l’expérience », souligne le jeune agriculteur. Il s’est pris au jeu et, depuis, il a doublé les surfaces consacrées à l’agriculture biologique, et vient de convertir 5 ha supplémentaires. « Passer au bio constitue une prise de risque importante, c’est pourquoi je préfère continuer à jouer sur les deux tableaux et à maintenir une partie de l’exploitation en conventionnel. Le bio est aussi très exigeant en main-d’œuvre. »

Des cultures très diversifiées

Pour mener les deux de front, il a opté pour des cultures ou des variétés qui peuvent s’identifier très facilement pour chaque type de production. « En pommes de terre, je réserve les variétés à peau jaune au bio, et ne produis que des rouges en conventionnel, précise l’exploitant. En céréales, comme il est plus difficile de distinguer les variétés, je suis parti sur le blé tendre en bio, et l’orge en conventionnel. »

Pierre produit des variétés anciennes de blé pour la meunerie. « C’est une niche sur le plan commercial, mais le débouché existe. En bio, elles sont valorisées à 600 €/t contre 400 €/t pour les variétés modernes, cependant le rendement se limite à 30 q/ha contre 50 à 60 pour les récentes. » Il cultive aussi en bio plusieurs espèces de courges, des flageolets et des haricots secs, de la rhubarbe ainsi qu’une association de seigle et lentillon.

Le jeune exploitant est adhérent à deux coopératives, Biocer pour les céréales, et Norabio pour les autres cultures. Il vend également une partie de sa production en direct, à la ferme ou auprès d’un meunier, d’épiceries fines, de restaurants et d’autres agriculteurs. En conventionnel, il travaille avec deux négociants, Vaesken en céréales, et Debruyne, en pommes de terre. Il produit aussi du lin textile pour la coopérative La Linière, et des pois de conserve pour Bonduelle.

Une démarche de groupe

Il n’est pas 100 % bio, mais souhaite réduire les intrants partout. C’est ce qui l’a amené à obtenir en janvier 2021, la certification HVE. « Ce n’était pas mon objectif, je cherchais à partager avec d’autres agriculteurs sur l’amélioration de mes pratiques, explique Pierre. J’ai entendu parler d’Eco-Phyt’ lors d’une visite d’essais chez Vaesken. La démarche m’a séduit, j’ai fait le choix d’y adhérer. Je fais aussi partie du GIEE Flandre française initié par mon négociant. C’est seulement dans un deuxième temps que nous nous sommes intéressés à cette certification HVE au sein d’Eco-Phyt’. » Pierre a réalisé un diagnostic sur son exploitation juste pour savoir où il en était par rapport à la HVE. « Pour rentrer dans les clous, il me suffisait d’implanter des couverts en bio, comme je faisais déjà en conventionnel, indique-t-il. Sans une démarche collective, j’aurais eu du mal à me lancer. C’est l’ensemble de l’exploitation qui est certifié mais pas de soucis, bio et HVE sont tout à fait compatibles. » Il utilise d’ailleurs en non bio la herse étrille Treffler ainsi que la bineuse Garford qu’il a achetées pour le bio.

Sur le plan économique, l’adhésion à Eco-Phyt’ lui coûte 400 euros par an et la certification 900 euros pour trois ans. En outre, Pierre a bénéficié d’un crédit d’impôt de 1 500 euros. Pour le moment, la HVE ne permet pas de mieux valoriser les produits, mais Vaesken est en train d’étudier un partenariat avec un moulin. « Même si un jour je passe au bio à 100 %, je resterai HVE, estime-t-il. Le fait d’être dans un groupe m’aide à progresser et me donne accès au “conseil stratégique” qui, avec la séparation de la vente et du conseil, nous est désormais imposé. »

Blandine Cailliez