Installé avec sa femme Valérie, Gaël Dupont a repris l’exploitation familiale en 2006. Il a mis en place de nombreuses actions pour regagner en rentabilité et diminuer l’usage des produits phytos.

En ce qui concerne la santé des cultures, « tout part du sol », estime-t-il, expliquant que cela fait près de quinze ans que le labour a été arrêté sur l’ensemble de l’exploitation. « Le sol est couvert au maximum en interculture, avec des mélanges multi-espèces. »

Produire ses semences

L’agriculteur souligne qu’« il y a deux leviers pour tenter de réduire les coûts : profiter des repousses lorsqu’elles sont utiles, comme le colza, et produire les semences sur la ferme. Pour le même prix, cela nous permet d’avoir deux à trois fois plus de graines qu’avec des semences achetées. On obtient des couverts épais, et on a moins d’adventices. » (Lire l’encadré). D’autres techniques sont mises en place en interculture courte, comme le semis de blé en direct dans une luzerne, en freinant au préalable la légumineuse. Celle-ci repart après la moisson : le couvert est déjà en place pour l’année suivante.

Par ailleurs, « nous avons supprimé l’ammonitrate, qui est l’engrais le plus efficient, mais qui abîme la vie du sol. On essaie d’apporter la solution azotée quand elle impacte le moins, c’est-à-dire quand il fait assez froid. Les engrais de fond ont été remplacés par du compost, que l’on enrichit en basalte. » Des substances naturelles sont également appliquées dans l’objectif de stimuler la vie du sol.

Concernant les produits phytosanitaires, « nous avons diminué nos charges, et donc baissé notre objectif de rendement pour être rentable. Nous sommes dès lors moins contraints à appliquer des produits, explique l’agriculteur. La première famille que nous avons arrêté, ce sont les insecticides, pour préserver la biodiversité. Cela fait quatre ans que l’on n’en a pas utilisés. » Deux aspects ont été travaillés : perturber les ravageurs (en implantant, par exemple, des plantes compagnes et des variétés plus précoces en colza), et en ayant des plantes en meilleure santé (en apportant des oligo-éléments, en prenant soin du sol…). Pour évaluer leur santé, il a recours au réfractomètre Brix, qui mesure le taux de sucre dans la plante : plus celui-ci est élevé, plus la plante peut se défendre contre une attaque d’insecte.

Pour ce qui est des régulateurs de croissance, « en semis direct, les plantes minéralisent moins vite et sont moins hautes naturellement ». À cet aspect s’ajoutent les mélanges de variétés en blé, supprimant la verse. Combiner plusieurs variétés permet aussi de limiter les apports de fongicides. Depuis l’an dernier, aucun d’entre eux n’a été utilisé. « Le fait de mettre un peu moins d’azote minéral limite le développement des maladies fongiques. »

Pour lutter contre les insectes, l’exploitant fait tout pour avoir des plantes en bonne santé. « Nous faisons des analyses pour repérer d’éventuelles carences en oligo-éléments, que l’on complète le cas échéant. » Diverses préparations sont également apportées afin de faire baisser le potentiel redox du sol, Gaël Dupont précisant que les maladies se développent davantage dans les milieux oxydés.

Dégager des marges

Bien que la préparation des substances naturelles prenne du temps et demande une bonne organisation, Gaël Dupont estime être gagnant d’un point de vue économique, avec 15 000 à 20 000 € d’économies sur les phytos en un an. « Cela correspond presque au coût d’un salarié, fait-il remarquer. On peut toujours faire mieux, mais on commence à dégager des marges­. Malgré­ la récolte catastrophique en betterave l’année passée à cause des pucerons, on n’est pas dans le rouge », souligne-t-il.

Hélène Parisot