Alors que l’assolement se composait historiquement de colza, de blé et d’orge, 60 ha de seigle fourrager pourraient être semés dès septembre prochain sur l’exploitation gérée par les associés du Gaec Develet-Baudin-Langel. Cultivés en intercultures, les Cive (cultures intermédiaires à vocation énergétique) alimenteront un méthaniseur collectif. Le seigle sera récolté début mai, pour implanter une seconde culture dite principale au regard de la Pac. Celle-ci sera choisie en fonction­ des sols et de leur potentiel : maïs ou tournesol, voire soja précoce sur les argilo-calcaires profonds, cameline­ sous contrat sur les argilo-calcaires superficiels. « La cameline est plus résistante aux grosses altises que le colza ou la moutarde, pointe Laurent Baudin, l’un des trois associés, mais il faudra apprendre à la maîtriser techniquement.­ »

 

Terres argilo-calcaires

La production de biomasse constitue un profond changement et un challenge sur l’exploitation où le colza occupait jusqu’à un quart de la sole céréalière. « Ces dernières années, explique le polyculteur-éleveur, les rendements n’ont cessé de chuter : de 33 q/ha en moyenne historique, ils sont tombés à 17 q/ha. Nous espérons ne pas l’arrêter définitivement, mais le faire revenir dans la rotation tous les six ans seulement dans les petites terres. À condition que Boravi, seul insecticide encore disponible pour lutter contre les altises, reste autorisé. » À partir de 2022, la rotation sur le site céréalier de l’exploitation pourrait être la suivante : seigle fourrager, tournesol ou cameline, blé, orge de printemps, orge d’hiver ou colza.

 

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Minimiser les intrants sur la deuxième culture

Autre préoccupation : l’impact des sécheresses récurrentes depuis quatre ans. En 2020, l’orge d’hiver n’a rendu que 4 t/ha avec 150 unités d’azote/ha. Dans ce contexte difficile, où le blé reste la culture la plus stable avec 73 q/ha l’an passé, une conduite économe devra être adoptée pour mener à bien la seconde culture. « L’objectif sera de minimiser les intrants pour ne pas consommer la marge gagnée par le seigle, souligne Laurent Baudin. La priorité sera donnée aux semences fermières. Les apports P et K minéraux seront limités grâce au digestat 100 % solide que nous récupérerons du méthaniseur. Maintenir la fertilité des sols sera un enjeu majeur. Il n’y aura pas de désherbage, ce qui correspond aux orientations de la future Pac (réduction des IFT). »

 

Sur les petites terres du plateau, les agriculteurs espèrent récolter chaque année entre 6 et 8 t de MS/ha de biomasse. Dans les sols plus profonds, jusqu’à 10 t de MS/ha. En année climatiquement favorable, deux marges s’additionneront, celle du seigle fourrager et celle de la seconde culture.

Premiers résultats encourageants

Les résultats des parcelles implantées en test dans trente-six exploitations du secteur, dont celle du Gaec, sont encourageants. Malgré un printemps compliqué avec du gel (- 11°C) et du sec pendant trente jours, le rendement moyen enregistré sur 15 ha s’élève à 8,5 t de MS/ha. « L’an dernier avec cinquante jours sans pluie, le seigle avait produit en moyenne 7,4 t de MS/ha, démontrant sa grande rusticité et sa capacité de résilience », souligne Édouard Benayas, de Dijon céréales. Alors que le méthaniseur doit entrer en service en 2023, les essais se poursuivent pour trouver les meilleurs itinéraires techniques et affiner les indicateurs les plus pertinents afin de décider des dates de fauche. Des ETA équipées de coupes directes ont été sollicitées pour intervenir les années sèches où le préfanage ne sera pas nécessaire. Le Gaec a engagé 480 t de MS de Cive dans le projet de méthaniseur collectif (lire l’encadré) et investi 300 €/ha en parts sociales.

Anne Bréhier