Lorsqu’il reprend la ferme familiale en 1999, Christian Dallies s’installe sur 32 hectares. Historiquement, l’exploi­tation produit de l’ail, des céréales à paille et du tournesol. À son installation, Christian introduit l’irrigation, agrandit le parcellaire petit à petit, puis rachète un lac en 2011. Il décide de se convertir à l’agriculture biologique en 2015, dans le but de sortir d’un système « où l’on choisit en décembre les variétés que l’on va semer au printemps », dit-il. Mais aussi « pour cesser d’utiliser autant de produits chimiques ». Après une étude économique réalisée avec le CER, il abandonne la culture de colza semences et modifie son assolement pour laisser une large place au soja. « C’est la culture la plus rentable économiquement et la plus facile à gérer du point de vue salissement », explique-t-il. Avec un semis tardif, autour du 15 mai, il est en effet possible de réaliser plusieurs faux semis avant d’implanter le soja.

Pour sa première année de conversion, Christian a produit en plus du soja des mélanges blé-féverole et orge-pois. En deuxième année, il mise sur les cultures de printemps (soja et tournesol) et introduit des cultures légumières (ail blanc, oignon jaune, oignon rouge et potimarron). Il cultive également 3 ha de petit épeautre et 3 ha de grand épeautre afin de produire des semences pour cet automne. Il conserve 15 ha de terres en location pour produire de l’ail violet de Cadours en AOC, toujours en conventionnel, qui représente près de 40 % de son chiffre d’affaires.

Pendant sa deuxième année de conversion, Christian Dallies a pu valoriser sa récolte en alimentation animale avec la mention « produit en conversion vers l’agriculture biologique », qui offre des prix plus élevés qu’en circuit conventionnel. Il a ainsi vendu son soja à 595 €/t, contre 420 €/t en conventionnel, en ayant un rendement très proche de ce qu’il réalisait en conventionnel (32 q/ha contre 35), et avec des charges quasiment similaires. La semence est produite à la ferme. « J’utilise la variété Isidor, qui est l’une des seules acceptées en alimentation humaine, et qui est peu sensible au sclérotinia », indique-t-il.

Des poulets pour l’apport organique

Dans un désir d’autonomie, Christian a mis en place, au moment de sa conversion, un atelier de 8 800 poulets en label rouge, dans deux bâtiments de 400 m². « L’objectif est de pouvoir fertiliser entre 15 et 20 ha/an grâce au compost de fientes de poulets, à compléter avec du fumier de bovins », indique-t-il. L’apport initial au printemps 2015 était de 800 kg/ha de fientes de poules en bouchons. Pour le moment, l’apport de matière organique via les engrais verts n’est pas envisagé. Christian se dit « pas encore prêt », mais ne rejette pas l’idée de tester un jour, notamment avant le tournesol. D’autant qu’avec 2,6 % de matière organique, ses sols argilo-calcaires ne sont pas très riches.

Six silos pour tout stocker

Toute la récolte est stockée sur l’exploitation, dans six silos construits en 2012 pour une capacité totale de 840 t. « C’est un poste que j’arrivais déjà à bien maîtriser en conventionnel », se félicite Christian. Les céréales sont vendues en majorité au négoce Grain d’Oc. Les légumes seront vendus à un grossiste ou en magasin bio. « J’envisage aussi de vendre mes graines de tournesol à une presse à huile locale. » En 2016, l’agriculteur a investi dans un trieur pour les mélanges céréales/légumineuses. « Le problème est qu’il est difficile de valoriser le blé en meunerie à cause des résidus de féverole », regrette-t-il. Le blé a été vendu à 215 €/t (avec un rendement de 20 q/ha contre 60 en conventionnel) et la féverole 290 €/t en alimentation animale. La marge brute du mélange s’élève à 500 €/ha. En conventionnel, la marge brute du blé s’élevait à 560 €.

« Tout le matériel pour le travail du sol est en Cuma, indique Christian, c’est-à-dire les tracteurs, la bineuse, la herse étrille, l’écimeuse, le déchaumeur à disques et le vibro à ailettes. » Les charges de Cuma s’élèvent à 140 € par hectare et par an. L’exploitant partage un semoir monograine, une charrue et une moissonneuse en copropriété avec un voisin, bio lui aussi. Et il possède son matériel pour la production et le stockage de l’ail.

En passant à l’agriculture biologique, le temps consacré aux travaux du sol pour gérer les adventices a largement augmenté. « En conventionnel, toutes les céréales d’hiver étaient semées en direct derrière les cultures de printemps, avec un coup de glyphosate avant le semis », précise Christian. Désormais, avant les cultures d’hiver, il réalise un déchaumage, un scalpage, puis un nouveau déchaumage quelques jours avant le semis, qui a été décalé d’un mois par rapport au conventionnel : dernière semaine de novembre au lieu de dernière semaine d’octobre. Pour les cultures de printemps, son itinéraire technique est le suivant : labour mi-décembre, reprise de labour au cultivateur en janvier, et deux passages de vibroculteur avant le semis.