Un semoir attelé à un tracteur, des clients qui viennent acheter des produits, des enfants qui jouent… C’est l’effervescence dans la cour de la ferme de Louisette Daubignard, à Greneville-en-Beauce, dans le Loiret. En sept ans, l’agricultrice a complètement changé son système d’exploitation. En 2000, lorsqu’elle s’installe sur la ferme familiale, elle cultive des betteraves, du blé, de l’orge et de la luzerne. « J’ai suivi un BTS protection des cultures, raconte-t-elle. Je connais donc la dangerosité des produits, avant tout vis-à-vis de ma santé. J’essayais de traiter au minimum. »

Rapidement, Louisette passe en agriculture raisonnée. Puis en 2009, après une formation, elle décide de convertir quelques hectares à l’agriculture biologique. « Je me suis lancée en même temps qu’un de mes voisins. On peut échanger sur nos doutes, c’est rassurant », ajoute-t-elle. Les exploitants achètent en commun une herse étrille et deux bineuses, l’une à 50 cm d’écartement avec caméra, l’autre à 19 cm, pour les céréales. Ils bricolent un semoir de 4 m pour pouvoir semer à 19 cm d’interrang. « A 14 cm, nous ne pouvions pas passer avec la bineuse et à 25 cm, les rendements diminuaient. Nous avons donc opté pour 19 cm. » La même année, ils investissent aussi dans une écimeuse, avec cinq autres agriculteurs bio du Loiret, pour tenter d’éliminer les chardons.

Louisette commence en bio avec une parcelle de 4 ha. Elle obtient 44 q/ha de blé de printemps, ce qui l’encourage à poursuivre la conversion. Pendant trois ans, elle convertit une dizaine d’hectares par an. En 2011, son mari, Rodolphe, s’installe aussi sur l’exploitation et développe un élevage de volailles. En 2012, Louisette passe la totalité en bio. « J’en avais assez de réfléchir de deux façons, avoue-t-elle. En conventionnel, on traite de façon curative, alors qu’en bio, on fait de la prévention. »

7 hectares de culture test

Pendant trois ans, Louisette teste de multiples cultures pour arriver à allonger sa rotation sur dix ans. Grâce à l’irrigation, son assolement est fondé sur la luzerne, le blé, le lin, les pois associés à du triticale… Elle y ajoute des plantes aromatiques, de la caméline associée à des lentilles, du quinoa, du petit épeautre, du maïs, du tournesol, des pommes de terre, du sarrasin, de l’orge… Chaque année, 7 hectares sont réservés à une nouvelle culture. Si les essais sont concluants, la culture entre dans l’assolement. Si ce n’est pas le cas, la production sert pour l’alimentation des volailles, comme ce fut le cas pour un méteil en 2011. Au fil du temps, Louisette a fait des ajustements. La surface de blé et d’orge d’hiver a été largement réduite au profit du petit épeautre, pour lequel les semences population sont plus adaptées à l’agriculture biologique.

L’agricultrice privilégie les mélanges d’espèces, car les rendements sont meilleurs. Un triticale-pois avoisine les 59 q/ha, contre 45 q/ha pour un triticale seul. Cette année, elle va tester le quinoa associé au lin, ou aux lentilles. En revanche, elle ne fera plus de caméline-pois, car les dates de désherbage compliquent l’organisation du travail. « Aujourd’hui, j’essaye de simplifier mon assolement pour me libérer du temps », ajoute la céréalière, qui ne va produire « que » douze cultures en 2017, contre quatorze en 2016.

Pour arriver à mélanger les espèces, Louisette vient d’investir 65 000 euros dans un trieur-nettoyeur rotatif pour gagner en rapidité et en confort de travail. Ceci devrait lui permettre de produire ses propres semences de ferme et ainsi réduire de moitié cette charge, qui s’élève à 15 000 € par an. Les déchets servent pour le chauffage de sa maison (lire l’encadré).

Un système techniquement abouti

La fertilisation, qui représente quelque 10 000 € par an, est le deuxième poste de charges sur l’exploitation. Malgré l’utilisation du fumier de volaille de l’atelier de son mari, Louisette achète en complément du compost de fumier de volailles et de la farine de plume. Elle fertilise essentiellement le blé, les pommes de terre, le chanvre, le quinoa et les plantes aromatiques.

Pour le travail du sol, elle a opté pour un ou deux passages de vibroculteur, puis de déchaumeur scalpeur. Au printemps, la terre est travaillée de moins en moins profond, de 10 à 5 cm.

Louisette Daubignard considère que son système est aujourd’hui techniquement abouti, mis à part les ronds de chardons dont elle a du mal à se débarrasser. Elle emploie des saisonniers pour désherber les plantes aromatiques et le quinoa.

L’agricultrice estime qu’avec un EBE de 90 000 € en 2015, son revenu est nettement meilleur qu’en conventionnel. Elle tente désormais d’optimiser le temps consacré à l’exploitation. « Entre les différentes cultures, les livraisons des volailles et le magasin de vente directe, mon temps de travail a doublé, lance-t-elle avant de nuancer. C’est moi qui le veux bien, car c’est enthousiasmant. » Louisette réfléchit donc à embaucher une personne… ou à investir dans un robot de désherbage !