Depuis près d’un siècle, les États-Unis ont fait le choix de mettre l’assurance récolte au cœur de leur politique agricole. Basé sur des contrats privés subventionnés par l’État, ce système, déjà largement adopté, continue de s’étendre. De 85 millions d’hectares en 2001, ce sont désormais 179 millions d’hectares de cultures assurées cette année.

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Plusieurs options possibles

Plusieurs options s’offrent à l’agriculteur. La « protection du rendement » et la « protection du rendement régional » basées sur l’historique de l’exploitation ou du comté. Dans 75 % des souscriptions, c’est la « protection du revenu » qui est choisie. Pour ce contrat créé en 2000, l’indemnité sera calculée grâce au marché à terme de Chicago couplé au rendement.

La base de ces contrats est identique au niveau national, mais ils diffèrent ensuite en fonction des productions et des aléas. Si une culture est peu développée dans une région, il sera alors difficile de l’assurer.

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Incitations à s’assurer

Cette large adoption des assurances récolte est avant tout à mettre au crédit du gouvernement fédéral qui prend en charge près des deux tiers du coût des primes. Encore sous le milliard de dollars au début des années 2000, ces subventions ont atteint 6,3 milliards de dollars (Md$) en 2020 et devraient encore progresser. Mais ce n’est pas le seul facteur. Des banques exigent désormais la souscription aux assurances récolte avant d’accorder certains prêts.

Pourtant, certains choisissent encore de ne pas s’assurer, en agriculture biologique par exemple. Philip Witmer, agriculteur bio à Dayton, en Virginie, en fait partie : « Il n’y a pas assez de flexibilité pour tenir compte de l’imprévisibilité inhérente à l’agriculture biologique. Le programme actuel est calqué sur l’assurance récolte du conventionnel alors que les méthodes de production sont très différentes. »

En cause, entre autres, le calendrier de semis imposé dans les contrats : « Les dates de déclaration devraient être beaucoup plus tardives, car nos rotations changent au moment des semis en fonction des mauvaises herbes et d’autres variables hors de notre contrôle. » Mais les améliorations existent comme le fait, qu’aujourd’hui, les indemnités ne sont plus basées sur les prix du conventionnel.

Impact de l’évolution du climat

Les primes suffisent en général à couvrir le versement des indemnités. Mais l’équilibre budgétaire du système assurantiel subventionné est fragilisé par la recrudescence des aléas climatiques. En 2019 lorsqu’une large partie du Midwest était les pieds dans l’eau, poussant les indemnités à près de 11 milliards de dollars, le compte n’y était pas. Ce fut la même chose en 2012 et en 2013.

Une étude menée par le professeur Rod Rejesus, de l’université de Caroline du Nord, en 2021, suggère même que le système assurantiel serait contreproductif. « Si l’assurance couvre les pertes dues à divers effets tels que la sécheresse ou les intempéries, un agriculteur peut ne pas vouloir payer les dépenses supplémentaires pour les efforts d’adaptation aux changements climatiques. »

Benoît Devault