Le FarmDroid est l’un des succès de la robotique agricole. Capable de semer et de désherber en toute autonomie, il a notamment séduit les producteurs de betteraves sucrières biologiques. Cependant, si la machine convient techniquement, le prix d’achat élevé et le débit de chantier plutôt faible font figure d’épouvantail au moment d’investir. 

20 hectares de betteraves bio

Avec l'ARTB (Association de recherche technique betteravière), l’ITB s’est penché en détail sur l’intérêt économique de cette solution onéreuse. Elle a analysé les charges de mécanisation, le temps de main-d’œuvre ainsi que les émissions de GES (gaz à effet de serre) pour la conduite de 20 ha de betteraves sucrières biologiques réalisée avec l’aide du FarmDroid. L’institut a comparé ces chiffres à ceux d’un itinéraire technique en bio avec un désherbage mécanique.

Pour la plupart des facteurs, la solution autonome tire son épingle du jeu sur le papier, mais certaines données sont à nuancer. Ces calculs ont été réalisés avec l’outil Systerre, développé par Arvalis. « Ce logiciel permet d’analyser des scénarios à l’échelle d’une exploitation. Ces résultats sont plutôt cohérents », analyse Thomas Leborgne, chargé de mission en agroéquipement à l’ITB.

933,74 euros par hectare

Avec un robot estimé à 75 000 euros (sans aides éventuelles) et un débit de chantier limité par sa vitesse de travail (environ 800 m/h), le FarmDroid ne part pas avantagé. « Il faut ajouter un abonnement annuel de 995 euros pour le suivi technique de la machine, complète Thomas Leborgne. De plus, un passage de travail du sol supplémentaire a été ajouté pour tenir compte de la nécessité d’un lit de semence très fin pour le travail du FarmDroid. » Ainsi, l’itinéraire doté du robot affiche des charges de mécanisation élevées, qui grimpent à 933,74 €/ha.

Cinq passage de désherbage

De son côté, l’itinéraire technique sans robot affiche 588,66 €/ha, soit une différence significative de 345,08 €/ha. Dans ce modèle, un faux semis a été ajouté. Mais les principales différences se situent au niveau du programme de désherbage. L’ARTB a retenu cinq passages de désherbage mécanique. Le programme se compose de deux interventions de herses-étrilles et de trois passages de bineuse, avec l’utilisation de moulinets dans le premier cas. Pour cette simulation, l’ARTB a pris pour référence une herse-étrille de précision d’une largeur de 12 mètres et une bineuse portée de douze rangs avec un guidage par caméra.

Cependant, ces chiffres sont à nuancer, car la conduite de betteraves biologiques (sans le robot) nécessite presque systématiquement le recours au désherbage manuel. L'ARTB a donc ajouté ce facteur dans son calcul, en partant d’une moyenne de 60 heures de désherbage manuel par hectare. Dans ce cas, la facture du système classique explose, avec 1 030 €/ha uniquement consacrés au rattrapage manuel, et des charges de mécanisation globale qui atteignent 1 618,66 €/ha. Dans ce nouveau paradigme, le bras de fer s’inverse, avec un net avantage pour la solution du FarmDroid, dont les charges sont cette fois inférieures de 684,92 €/ha.

20 hectares au maximum

Ces calculs de charges de mécanisation prennent en compte les différentes interventions, de la fertilisation organique jusqu’à la récolte. Cependant, ils n’intègrent pas le coût des intrants, comme la semence et les interventions antifongiques (cuivre). Ces coûts sont sensiblement identiques dans les deux itinéraires comparés. Les différences sont plutôt sur le nombre de passages et le coût des matériels.

Ces calculs ont été réalisés pour une exploitation céréalière « type normande bio » de 160 ha. C’est là que se joue l’une des différences. Les outils de désherbage mécanique sont, dans les calculs, utilisés pour d’autres cultures. Le robot n’est ici amorti que sur les 20 ha de betteraves. Thomas Leborgne nuance également la surface réalisable par le FarmDroid. « Vingt hectares, c’est déjà beaucoup, il ne faut pas que les conditions climatiques soient trop compliquées. En outre, la propreté ne sera pas la même qu’après un désherbage manuel. »

Moins de temps au champ

L’étude a également comparé le temps effectif passé en interventions humaines pour les deux schémas. Le modèle composé des opérations classiques affiche 5,12 heures par hectare + 0,44 h/ha pour l’arrachage. Mais avec le désherbage manuel, le temps de travail total explose et culmine à 65,56 h/ha. Avec le FarmDroid, qui réalise le semis et le désherbage en autonomie, le temps de travail effectif tombe à 3,2 h/ha (3,64 h/ha avec l’arrachage). Le robot va travailler 23,5 h/ha en complément. Ce dernier est, sur le papier, autonome une fois paramétré. Cependant, il ne faut pas oublier le temps de surveillance et de paramétrage de la machine, non pris en compte dans ce calcul. Le temps de travail total est de 27,14 h/ha, il convient donc d’ajouter le temps de supervision, difficilement quantifiable.

L’ARTB a enfin analysé les émissions de GES des deux modèles. Cependant, ce calcul ne prend pas en compte les externalités, comme la fabrication des machines et, dans le cas du FarmDroid, celle du panneau photovoltaïque et de ses batteries.

Une solution à bas carbone

La consommation de carburant pour le modèle avec désherbage mécanique atteint 132,5 l/ha, quand le modèle avec le robot consomme 63,22 l/ha, soit presque 70 litres de GNR en moins par hectare. Il en résulte un écart important en termes d’émissions de GES. Dans l’itinéraire technique sans robot, celui-ci s’élève à 416,8 kg équivalent CO2, quand celui avec le FarmDroid tombe à 198,9 kg équivalent CO2. Des chiffres intéressants, au moment où les principaux groupes sucriers annoncent travailler sur la production de betteraves à bas carbone.