« Votre frère donne l’impression de quelqu’un qui travaille beaucoup. C’est une image forte, positive : celle d’une personne qui mène une vie active. Dans notre société, cette attitude est beaucoup plus valorisée que l’oisiveté, mal considérée. Mais lorsque l’emploi du temps déborde au point de pénaliser les relations familiales ou amicales, cela cache souvent une faille. La plupart des gens qui se comportent ainsi en tirent un bénéfice. »

« La preuve de sa valeur »

« Être débordé donne la preuve de sa valeur. C’est la réponse à un besoin de reconnaissance : je suis occupé donc je suis utile. C’est un refuge qui permet d’éviter de regarder ce qui ne va pas. C’est aussi une bonne excuse pour dire non aux sollicitations extérieures. Enfin, c’est une armure : si je ralentis, que vais-je devenir ? On retrouve ce même phénomène chez ceux qui, après une vie entière à travailler sans relâche, vivent très mal le passage à la retraite. »

« Être débordé évite la confrontation avec soi : qui serais-je si je ne suis plus indispensable ? Ou tout du moins si je ralentis en me faisant aider par un salarié, un stagiaire, un collègue, etc. Cette situation justifie aussi l’absence de confrontation avec les autres. En l’occurrence, votre frère fuit peut-être certains membres de la famille ou des discussions qui peuvent être sources de tension. »

« Ce mécanisme d’évitement est habilement déguisé en efficacité. Le risque de ce comportement, c’est que le corps, lui, n’arrive plus à suivre. La fatigue s’installe, le stress augmente. Des tensions apparaissent. Il peut y avoir un accident de travail, une maladie, un burn-out. Le corps parle toujours avant que tout n’explose. »

Amélie Dubourg est coach à Thionville en Moselle. (© Dominique Péronne )

« L’amener à s’interroger »

« Pour aider votre frère à se libérer de ce fonctionnement, usant pour le psychisme, vous pouvez l’amener à s’interroger : “Qui pilote ton existence lorsque tu te surcharges ?” Est-ce son mental, qui lui commande d’être fort, ou son énergie qui lui suggère de ralentir ? Pour reprendre le contrôle, je conseille aux personnes un “scan” mental tous les matins, pour identifier ce qui est réellement prioritaire et ce qui peut attendre, un jour, une semaine. »

« Je leur suggère aussi de se reconnecter aux autres à travers des responsabilités professionnelles ou du bénévolat. Elles réalisent ainsi qu’il y a une vie en dehors de l’exploitation et que celle-ci peut parfois tourner sans eux. »