Le 29 janvier 2026 se sont tenus la deuxième édition du salon Pro Pom' à Arras, et le vingtième congrès de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT). L’occasion de faire un point sur les axes de travail du syndicat dans un contexte de marché agité.

1. Raisonner les surfaces

Geoffroy d’Evry, président de l’UNPT, appelle les producteurs à « prendre conscience aujourd’hui des coûts réels de production d’un hectare de pommes de terre, et des risques que peut engendrer la production ». Si les perspectives de marché de long terme sont « plutôt prometteuses », le marché est actuellement lourd et « à date, on ne voit pas vraiment l’horizon se dégager ». Selon lui, la demande en pommes de terre de la part des industriels s’annonce « moins importante que les années précédentes ». Le marché du frais, lui, « s’équilibre avec la production française ».

S’il est trop tôt pour connaître les intentions de plantation pour 2026, il estime que « si l’on reste au même périmètre, on aura les mêmes résultats ». En 2025, les surfaces françaises de pomme de terre avaient atteint 200 000 hectares (158 000 hectares en 2020), et la filière a connu une production excédentaire.

2. Porter attention aux contrats

Dans ce contexte, « la notion de contrat prend encore plus de sens qu’elle ne pouvait l’avoir avant », appuie Geoffroy d’Evry. Il appelle les producteurs à « se méfier de la dérive de certains acheteurs ». Le syndicat, association spécialisée de la FNSEA, a déjà dénoncé des clauses de contrats « abusives ».

Geoffroy d’Evry pointe notamment le niveau de certains rendements de base (sur lequel s’applique le prix contractuel garanti). « Un contrat avec un rendement de base à 30 t/ha, ce n’est pas un contrat, juge-t-il. C’est simplement une manière de ferrer un producteur, et de l’emmener dans une démarche contractuelle qui, demain, peut être dangereuse ».

« Il y a deux ou trois ans, quand il y avait une politique contractuelle, alors même que les marchés libres étaient très élevés, je pense que le contrat a protégé nos acheteurs industriels. Il serait normal que dans un marché de retournement, le contrat aujourd’hui protège le producteur, estime Geoffroy d’Evry. Et force est de constater que d’après les premiers échos qu’on peut avoir de la plaine sur les contrats, ce n’est absolument pas le cas. »

Si les industriels « ne prennent pas conscience de cela, l’UNPT mettra en œuvre, s’il le faut, des actions syndicales », indique-t-il.

3. Organiser la production

L’UNPT salue la réforme européenne en cours de l’organisation commune des marchés (OCM) qui, sous réserve de validation en trilogue, permettrait à un même producteur d’adhérer à plusieurs organisations de producteurs (OP) en fonction des débouchés (frites, chips, flocons, frais). Les OP bénéficient notamment d’un cadre juridique spécifique, et renforcent le pouvoir de négociation des producteurs, par exemple face aux grandes et moyennes surfaces (GMS) qui se regroupent. L’objectif : « diversifier le risque en travaillant avec des débouchés différents », explique Geoffroy d’Evry.

Selon l’UNPT, l’organisation collective est « un outil de rééquilibrage du pouvoir économique ». Sans remettre en cause la liberté d’entreprendre, Geoffroy d’Evry estime que « si on veut pouvoir préserver un marché et se garantir un niveau de rentabilité et de revenus de notre production, il faut pouvoir s’organiser en filière et également au niveau même de la production. »