Laurence Fournier, installée à Pecqueux sur l’aire d'alimentation de captages de la Fosse de Melun-Basse vallée de l’Yerres, cherche à réduire l’impact de ses pratiques sur la qualité de l'eau et à diversifier son assolement constitué de blé et d'orge semences, de betteraves, de maïs et de colza. Le pois semences a été testé puis abandonné à cause de l'Aphanomyces.

« Pour produire de la luzerne, nous étions trop loin des usines de déshydratation », souligne Laurence Fournier qui a aussi testé le soja et les lentilles, mais l'humidité au sol favorisait l'apparition de maladies. Néanmoins, si l'humidité représente un inconvénient pour ces cultures, elle s’avère être un avantage pour le lin textile notamment lors du rouissage.

Adaptée au terroir

Les premiers hectares de lin textile sont semés en 2017. « La culture se plaisant sur nos terres, rapidement, nous avons décidé avec des voisins d'investir dans du matériel spécifique afin d'augmenter notre marge et de produire une meilleure qualité de fibre grâce à une plus grande réactivité. »

L'investissement de 120 000 € dans une double retourneuse a été porté par six exploitations, et celui de 60 000€ pour l'enrouleuse (presse) par trois exploitants (avec 50 % d'aides régionales). « Depuis 2020, nous avons donc deux presses pour six fermes, qui cultivent chacune entre 20 et 25 ha. Cela nous permet d'être réactifs lorsque la fenêtre climatique est restreinte pour ce chantier d'automne », explique Laurence.

© Florence Melix - L'enroulage est une étape délicate. Si la balle n'est pas bien enroulée, la qualité de la fibre en pâtira lors du teillage en usine.

Côté itinéraire, il s'agit d'une culture assez technique. Le lin est très sensible à la structure du sol et les tassements lors de la récolte précédente sont à éviter. Le blé est un bon précédent : il permet de laisser des repousses à faible développement végétatif avant l’implantation du lin, explique Laurence Fournier.

Elle précise que si le labour est généralisé avant cette culture, il est occasionnel depuis quelques années sur les autres cultures afin de favoriser la fertilité du sol. 30 à 50 unités d'azote sont apportées avant semis fin février-début mars, puis des cuvettes jaunes sont installées pour repérer l'arrivée des altises.

« Nous avons investi avec des voisins dans du matériel spécifique. »

A la levée, un insecticide sera parfois nécessaire sur la parcelle ou uniquement sur les fourrières. Un désherbage est ensuite requis en post-levée (et parfois en rattrapage). En mai-juin, un fongicide, qui a aussi un effet régulateur, permet de lutter contre l'oïdium si besoin.

A noter que pour éviter le risque fusariose (qui dégrade la qualité de la fibre), le lin ne doit pas revenir sur la même parcelle avant 7 ans. Entre 2019 et 2021, l'IFT sur lin a varié de 4,5 à 6 (traitement de semences compris) selon la pression (voir infographie).

L'arrachage intervient en août par la Cuma de la SCA Lin 2000 (basée dans l'Oise) qui achète le lin, le rouissage commence alors. Le retournage a lieu trois semaines après, suivi par l'enroulage, encore environ trois semaines plus tard.

« Selon le climat, les rendements en fibres varient de 3,5 à 8,8 t/ha depuis 5 ans, précise l'agricultrice, qui stocke les balles à l'abri de l'humidité jusqu'à ce que SCA Lin 2000 vienne les chercher. » Selon le rendement (en fibres longues, anas, étoupes et graines), les charges et le prix de vente (autour de 3€/kg de fibres longues), la marge brute peut varier de 1 500 à 3 500 €/ha.

En parallèle, d’autres voies d’évolution pour améliorer la marge de l'exploitation tout en réduisant l'impact des phytosanitaires et des engrais sont étudiées avec la chambre d’agriculture, dans le cadre du plan d’action Fosse de Melun « Terre & Eau 2025 ». C’est dans un contexte de protection de l’eau qu’un réseau de parcelles a été créé en 2021 : des reliquats d’azote sont mesurés en entrée et sortie hiver sur toutes les productions pour mieux piloter la fertilisation.

Des analyses et fosses pédologiques sont aussi réalisées pour suivre l'impact des pratiques sur le sol. « Nous avons également le projet de développer l'irrigation afin de diversifier encore notre assolement par des légumes, note l'agricultrice. Nous pensons aussi localiser et raisonner les interventions via un GPS et des cartes de rendements couplées à l'épandeur et au semoir. »