Cachez vos lapins domestiques, une épidémie arrive. C’est le message que les autorités ont envoyé l’année passée dans plusieurs régions d’Australie. Cette épidémie, elles l’ont lancée elles-mêmes, à dessein. Car l’animal est considéré comme invasif et l’histoire de la lutte contre l’espèce est quasiment aussi vieille que la présence des Européens sur le continent. En 1859, un colon importe 13 spécimens dans le Victoria pour pouvoir les chasser, sept ans plus tard 50 000 lapins sont attrapés. On estime aujourd’hui qu’ils sont 200 millions, après un pic estimé à 10 milliards dans les années 1920.
Ils se faufilent partout, grignotent les cultures, les pâtures, creusent des terriers favorisant l’érosion des sols et créant un risque de pattes cassées pour le bétail. Craig Magnussen, président de l’association Rabbit free Australia, estime le coût pour le secteur à 200 millions de dollars par an (113 millions d’euros). Ce montant en fait l’espèce la plus dommageable avec les daims, les chats, les émeus et les dingos.
Développer de nouvelles maladies
Première technique pour défendre l’agriculture : la clôture. Dès le début du XXe siècle, une barrière de plus de 3 000 kilomètres est érigée pour protéger l’ouest du pays. Les vastes propriétés érigent aussi les leurs. « Les clôtures, ça fonctionne, explique Craig Magnussen, mais c’est un moyen d’endiguement très coûteux et qui n’élimine pas les lapins. » D’autant plus coûteux que dans plusieurs régions, les inondations obligent à les remplacer régulièrement.
L’État a alors imaginé exterminer ces envahisseurs par des moyens biologiques. Il se montre particulièrement moteur dans la recherche d’un virus et la propagation de la myxomatose dans les années 1950. Problème : les lapins s’adaptent aux maladies. Il leur faut dix à quinze ans pour bâtir une résistance efficace.
Le calicivirus utilisé depuis 2017 et dont la diffusion dans certaines régions est accompagnée de ces appels à la vaccination des animaux domestiques, voit son efficacité diminuer. D’où les nombreux appels à développer de nouvelles maladies. Mais le programme de recherche ne reçoit plus de fonds gouvernementaux depuis trois ans.
Les empêcher de se reproduire
Les associations ont fait les comptes. Cette guerre biologique aurait permis à l’agriculture d’éviter plus de 80 milliards de dollars de pertes depuis les années 1950. De quoi justifier les fonds pour la recherche. Il reste les techniques les plus simples : le fusil, les pièges et la pelle.
« La première méthode que nous recommandons, c’est d’empêcher les lapins de se reproduire, explique Craig Magnussen. Le secret, c’est de détruire les terriers en les excavant avec des engins. » Une tâche laborieuse mais vitale pour les exploitations, car la guerre de l’Australie contre les lapins ne connaîtra jamais de victoire définitive.