Alors que l’acétamipride fait encore l’objet de nombreux débats à l’assemblée nationale, Pierre Michel Périnaud, médecin et coprésident de l’association Alerte des médecins sur les pesticides (AMLP), juge que la matière active ne doit pas être réintroduite en France : « il est extrêmement justifié d’appliquer le principe de précaution choisi en 2018 », a-t-il déclaré le 10 février 2026 à Paris, à l’occasion d’un colloque organisé par la députée de La France insoumise Aurélie Trouvé.

Le médecin plaide aussi pour une révision du classement de l’acétamipride au niveau européen pour passer du niveau 2 « suspecté » au niveau 1B « présumé ». Cette demande se heurte a un problème, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) ne remet pas pour le moment en cause ses conclusions, malgré la trentaine de publications scientifiques soumises en 2020 par l’Agence française (Agence nationale de sécurité sanitaire). « Si ça ne suffit pas de présenter une trentaine d’études, on peut se demande jusqu’où il faut aller », déplore Pierre Michel Périnaud.

Une « incertitude majeure » pour l’Efsa

Pour Pierre Michel Périnaud, la preuve du danger de l’acétamipride sur l’Homme existe bien, en particulier sur le « gros chapitre » du trouble du neurodéveloppement (1). Selon lui, plusieurs études prouvent l’exposition pendant la grossesse (l’acétamipride passe la barrière placentaire), pendant la période prénatale et jusqu’à la fin du développement de l’enfant. Les conséquences sont des « anomalies du neurodéveloppement » mais aussi du « comportement », souligne l’expert.

L’Efsa reconnaît elle-même un lien probable, ou comme elle l’indique dans un avis publié en 2024, une « incertitude majeure ». « Cela n’a pas induit de retrait du marché de la molécule : d’un point de vue éthique c’est un peu tiré par les cheveux », dénonce le médecin.

Des manques méthodologiques

L’effet cancérogène possible de l’acétamipride chez l’Homme inquiète aussi Pierre Michel Périnaud : « dès 2016, l’Efsa avait reconnu qu’une étude faisait un peu tâche et qu’il aurait été logique de parler de cancérigène suspecté », souligne-t-il. Le médecin rapporte que l’agence avait proposé un classement en ce sens. Cela ne s’est finalement pas concrétisé en raison de la robustesse des données (une seule espèce étudiée, le rat).

Depuis, d’autres études ont fait l’objet de publication, notamment chez la souris, sans que le classement n’ait évolué. « L’étude chez la souris ciblait les métastases, ajoute le médecin. Dans les processus d’évaluation, ce n’est pas un critère retenu. Ce mécanisme de cancérogenèse, particulièrement embêtant et préoccupant en médecine, n’est pas intéressant pour les lignes directrices établies par l’OCDE (2) », déplore-t-il.

Quant aux risques de perturbation endocrinienne, Pierre Michel Périnaud indique que l’évaluation n’a pas été faite depuis 2022. « La raison est qu’il n’y a pas les tests nécessaires, notamment pour l’exploration de la perturbation thyroïdienne, en cause dans les troubles du neurodéveloppement ».

(1) Le trouble du neurodéveloppement fait partie du domaine de la reprotoxicité

(2) Organisation de coopération et de développement économiques