Les Européens n’ont pas tardé à réagir. Soucieux de préserver une certaine unité face à l’imprévisibilité des attaques de Donald Trump, les principaux groupes politiques du Parlement européen se sont accordés pour geler le processus de ratification de l’accord commercial avec les États-Unis, le mardi 20 janvier 2026.

L’annonce vient conclure une journée dense, en marge du forum économique de Davos, en Suisse, commencée au petit matin avec les menaces de nouvelles taxes douanières du président américain visant les vins et champagnes français. Une réponse cinglante au refus d’Emmanuel Macron de rejoindre son « Conseil de paix », un projet encore flou du locataire de la Maison Blanche qui semble vouloir créer une sorte d’alternative à l’ONU.

Un accord majoritaire des groupes politiques

Il y a un « accord majoritaire » des groupes politiques pour geler l’accord commercial conclu l’an dernier entre les États-Unis et l’Union européenne, a assuré la présidente du groupe S & D (social-démocrate), Iratxe Garcia Perez, devant des journalistes.

Le PPE (droite), le groupe le plus important du Parlement européen, a également confirmé le gel des discussions autour de cet accord. Conclu à l’été, il prévoit des droits de douane de 15 % sur les exportations européennes vers les États-Unis, mais leur suppression en ce qui concerne les exportations américaines vers l’Union européenne.

En revanche, une partie de l’extrême droite s’est prononcée contre le gel de cet accord. « Nous pensons que c’est une erreur », a indiqué le coprésident du groupe ECR, Nicola Procaccini. Contrairement au groupe des Patriotes, présidé par l’eurodéputé français Jordan Bardella, favorable à la « suspension » de cet accord. C’est désormais le « rapport de force » qui s’impose face aux États-Unis de Donald Trump, a jugé Jordan Bardella devant les eurodéputés.

Le gel des discussions au sein du Parlement européen empêche la ratification de cet accord et donc son application.

Macron fustige l’attitude de Trump

Un peu plus tôt dans la journée, lors de son discours au forum économique de Davos, en Suisse, le président français a lui-même fustigé l’attitude de Donald Trump, déplorant l’entrée dans « un monde où le multilatéralisme est encore affaibli », et dans lequel « la concurrence devient de plus en plus ardue, de plus en plus difficile, notamment avec les États-Unis qui demandent des concessions de plus en plus importantes et cherchent à affaiblir l’Europe ».

Emmanuel Macron a mentionné l’instrument européen anticoercition évoqué depuis le week-end passé, à la suite des premières menaces de Donald Trump visant les États qui ne le soutiendraient pas dans ses velléités d’achat du Groenland. « L’Europe dispose d’outils très puissants et nous devons les utiliser lorsque nous ne sommes pas respectés et lorsque les règles du jeu ne sont pas respectées », a-t-il martelé.

« Ce qui est fou, c’est que nous devions peut-être utiliser pour la première fois l’instrument anticoercition contre les États-Unis s’ils implémentent de nouveaux droits de douane. Pouvez-vous imaginer ? a-t-il insisté. C’est fou, je le regrette, mais c’est une conséquence de l’imprévisibilité et de l’agressivité inutile. »

Créé en 2023, cet outil offre à l’Union européenne un large éventail de contre-mesures permettant la mise en place de restrictions liées au commerce, aux investissements et au financement. « L’Europe doit renforcer ses instruments de défense commerciale », a précisé le président français, y compris grâce à des « mesures miroirs » pour « faire respecter les normes réglementaires ».

« Une menace qui ne peut pas rester sans réaction » pour Annie Genevard

À Davos toujours, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a aussi réagi au chantage du président Trump, estimant que les droits de douane supplémentaires évoqués étaient « une erreur, en particulier entre alliés de longue date ». « L’Union européenne et les États-Unis ont conclu un accord commercial en juillet dernier. Et en politique comme en affaires, un accord est un accord. Et lorsque des amis se serrent la main, cela doit avoir un sens », a-t-elle poursuivi.

« C’est une menace, à ce stade, inadmissible, d’une brutalité inouïe et évidemment, qui ne peut pas rester sans réaction non seulement de la part de la France mais de la part de l’Union européenne tout entière, a réagi de son côté la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, sur TF1. C’est choquant parce que c’est brutal, c’est fait pour faire plier, c’est un outil de chantage », a-t-elle ajouté, déplorant que cette menace « cible un secteur particulier qui est celui de la viticulture » qui « connaît des difficultés et qui est un fleuron de l’agriculture française ».

Les États-Unis premier marché à l’exportation des vins français

La France est la première puissance agricole européenne et l’un des principaux pays producteurs de vin dans le monde, avec l’Italie. Les États-Unis sont le premier marché à l’exportation pour la France, qui assure à elle seule la moitié des exportations de vin de l’Union européenne. En 2024, la France a exporté 2,4 milliards d’euros de vin et 1,5 milliard de spiritueux aux États-Unis (environ 25 % de ses exportations).

Dans un communiqué, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) a, de son côté, appelé l’Union européenne à traiter cette nouvelle menace « de manière unie et coordonnée ». « Il s’agit de questions géopolitiques qui dépassent les enjeux sectoriels des vins et spiritueux. En ce qui concerne la politique commerciale, c’est une compétence exclusive de l’Union européenne », a-t-elle ajouté.

La FNSEA appelle l’Europe à arrêter de « subir ces bras de fer »

Les réactions sont à l’unisson, jusque dans les rangs de l’opposition. « Emmanuel Macron a tout à fait raison de refuser de se joindre à ce Conseil de la paix », a déclaré la cheffe des députés de LFI, Mathilde Panot, sur France Info. « Il est inadmissible que nous cédions devant le président étasunien et capituler devant Trump ne sert à rien. Il faut donc tenir bon et aider les producteurs de vin et de champagne s’il le faut », a-t-elle ajouté.

De son côté, le premier syndicat agricole français, la FNSEA a appelé l’Europe à arrêter de « subir ces bras de fer » avec Donald Trump, qui « est en train de détruire une partie de l’économie mondiale pour régner. On l’a bien vu avec son ardoise au début, où il voulait taxer tous les produits qui rentraient chez lui », a dit son secrétaire général Hervé Lapie sur Europe 1.