Installé depuis 2019 sur les coteaux du Marmandais, dans le Lot-et- Garonne, Axel Crestian exploite 42 ha de noisetiers dont 32 ha en production, auxquels s’ajoutent 4,5 ha de noyers et 3 ha de cerisiers. « La noisette pourrait avoir un bel avenir. Nous n’avons pas de souci de marché, et les marges à l’hectare sont intéressantes. Mais depuis 2020, le potentiel ne se réalise pas, car les producteurs français ne parviennent pas à gérer les problèmes phytosanitaires. C’est une impasse depuis l’arrêt total de l’acétamipride, assimilé aux néonicotinoïdes, interdit en France », explique-t-il.

Une interdiction que dénonce la filière, car ce produit est homologué dans toute l’Europe jusqu’en 2033 et utilisé partout dans le monde. Environ 70 % des noisettes produites sur la planète viennent de Turquie, qui dispose de 244 molécules pour les protéger.

Baisse des rendements

La production française a connu une année 2024 catastrophique, avec une baisse moyenne des rendements de 60 %. En cause : une seule molécule homologuée et une forte pression de deux ravageurs, le balanin et la punaise diabolique. « Nous avons perdu en volumes et en qualité », insiste l’agriculteur. Le travail réalisé par la filière avec les pouvoirs publics a permis de sauver la récolte en 2025. « Nous avons obtenu des dérogations sur six ou sept produits autorisés dans les autres pays européens, notamment en Italie et en Espagne. »

En année normale, comme en 2019, Axel Crestian produisait environ 105 tonnes. En 2024, il n’a récolté que 38 t et a atteint 71 tonnes l’an dernier. « En 2025, la coopérative Unicoque a enregistré 30 % de moins que le prévisionnel », observe le producteur. Il considère que les produits de la famille des pyréthrinoïdes, autorisés par dérogation, manquent d’efficacité et nécessitent de multiples passages dans les vergers. « Nous sommes passés de quatre traitements par an en 2020 à seize actuellement », indique-t-il.

Pour sortir de l’impasse, l’Association nationale des producteurs de noisettes, dont Axel Crestian est président, revendique une harmonisation à l’échelle de l’Europe des produits phytosanitaires, au moins jusqu’en 2033, pour faire baisser la pression des ravageurs. Pour beaucoup de producteurs en difficulté financière, c’est une question de survie. « Qu’on nous donne au minimum le temps de l’homologation européenne sur l’acétamipride, soit sept ans », réclame-t-il. Ce délai permettrait à la filière de poursuivre les recherches sur des solutions alternatives et de biocontrôle.