En juin 2025, la survenue de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) dans les élevages savoyards a entraîné une réaction rapide des acteurs agricoles locaux. Autour des éleveurs concernés, plusieurs organismes se sont mobilisés en cellule de crise - chambre d’agriculture, Groupement de défense sanitaire (GDS), services de l’État, Mutualité sociale agricole (MSA), Groupement technique vétérinaire (GTV), la coopérative Éleveurs des Savoies… Les structures de conseil et d’accompagnement économique et comptable, comme le CerFrance, ont aussi été sollicitées pour appuyer les exploitations impactées.
Selon les données des services de l’État, une soixantaine d’éleveurs ont été touchés dans les deux départements, dont une vingtaine confrontée à l’abattage total de leur troupeau. Des situations suivies de près notamment par Mélodie Aujogue, conseillère d’entreprise à la chambre d’agriculture Savoie Mont-Blanc, et Rémi Renaudat, directeur performance conseil agricole chez CerFrance des Savoies.
Un accompagnement humain au cœur du dispositif
Dès l’annonce d’un résultat positif et la mise en place de l’arrêté préfectoral de déclaration d’infection (APDI), chaque exploitation bénéficie d’un dispositif spécifique par le biais de la cellule Réagir (1).
Aux côtés des services de l’État, de la MSA et de représentants professionnels, ce premier temps vise à écouter l’éleveur, l’informer sur les dispositifs d’aides mobilisables et lui apporter un soutien humain immédiat. Les structures de gestion et de conseil peuvent aussi entrer en appui.
Les premiers contacts sont pris avec les éleveurs concernés, soit à leur initiative, soit sur proposition du conseiller habituel, afin d’évaluer les impacts économiques et d’envisager les suites possibles. « Il ne s’agit pas de donner immédiatement des conseils, mais d’accueillir ce que la personne traverse, de l’écouter, d’identifier ses besoins immédiats, puis, le moment venu, de se projeter sur la suite », explique Rémi Renaudat.
Renforcer le soutien après l’abattage
Le jour de l’abattage, responsables professionnels, voisins ou agriculteurs ayant déjà vécu la même situation viennent parfois épauler l’éleveur, voire le remplacer. Après l’abattage, un conseiller d’entreprise de la chambre d’agriculture vient renforcer la proposition d’accompagnement avec une aide dans les démarches administratives, les projections en termes de trésorerie et un rendez-vous commun avec un travailleur social de la MSA.

La MSA propose aussi la prise en charge de consultations psychologiques, le financement de services de remplacement et l’intervention d’assistantes administratives. L’accompagnement est élargi aux salariés, apprentis et stagiaires, tandis que des formations de prévention renforcent le réseau d’agriculteurs référents bénévoles.
Des leviers économiques pour sécuriser la trésorerie
Face à l’arrêt brutal de l’activité et donc des revenus d’exploitation, plusieurs dispositifs ont été activés, avec un accompagnement administratif renforcé : déclaration de force majeure pour sécuriser les aides de la Pac, diffusion régulière d’informations réglementaires et élaboration de prévisionnels de trésorerie à court terme dans le cadre du « guichet unique », mission confiée par les préfètes de Savoie et Haute-Savoie à la chambre d’agriculture.
La neutralisation des ressources, qui consiste à exclure certains revenus dans le calcul de droits sociaux, a permis à certains éleveurs d’accéder au RSA malgré leur statut, afin de compenser l’arrêt immédiat des paies de lait.
La MSA a également instruit des demandes de prise en charge des cotisations sociales, souvent validées en commission, pour des montants pouvant atteindre 5 000 €, avec, si nécessaire, un étalement jusqu’à cinq ans.
Solutions bancaires à court terme
Les établissements bancaires ont proposé des solutions de court terme, comme des prêts relais à taux zéro ou des reports de mensualités. « Les banques ont bien joué le jeu, conscientes des besoins urgents, de la nécessité de soutiens rapides et lucides sur le fait que l’indemnisation de l’État allait être versée », observe Rémi Renaudat.
Les mesures de chômage partiel, mises en œuvre par conseillères spécialisées en ressources humaines, en coordination avec la MSA et la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi ont par ailleurs permis de préserver l’emploi pendant la période d’arrêt.
Indemnisation
L’État a versé des acomptes dès l’abattage – 2 100 € par femelle de plus de 24 mois et 1 125 € pour les plus jeunes – afin de soutenir rapidement la trésorerie. Une expertise est ensuite diligentée afin d’évaluer le manque à gagner et la valeur marchande du cheptel, indemnisation maintenue y compris en cas de non-repeuplement.
Ce travail a permis de faire évoluer les modalités d’indemnisation par rapport aux barèmes historiques — établis il y a plus de vingt ans lors de la crise de l’ESB — afin de mieux refléter la réalité économique actuelle des exploitations et de tenir compte d’une année laitière exceptionnelle, brutalement interrompue par la crise, souligne Mélodie Aujogue.
En parallèle, l’ensemble du travail technique, économique et administratif nécessaire à la justification des montants proposés a été mené, depuis la constitution des dossiers jusqu’à la rédaction des rapports d’expertise transmis pour validation aux services de l’État (DDPP, DRAAF, DGAL).
Aides territoriales
Les collectivités territoriales ont renforcé l’aide. En Haute-Savoie, une aide directe de 4 000 € par associé a été versée, tandis qu’en Savoie et au niveau régional, des aides par bovin abattu ont complété le dispositif.
À noter par ailleurs, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 prévoit l’exonération de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu sur les indemnités d’abattage sanitaire, avec effet rétroactif. Une mesure jugée décisive, permettant aux éleveurs de conserver l’intégralité des montants perçus pour reconstituer leur trésorerie et financer la suite.
Repeupler ou repenser son système
Avant le repeuplement, autorisé à partir d’octobre 2025, certains éleveurs ont engagé une réflexion plus large sur l’avenir de leur exploitation : reprise immédiate ou différée, changement de production ou de race.
Des diagnostics globaux, des analyses comparatives, des plans stratégiques et des simulations économiques ont permis d’éclairer les choix. Malgré les inquiétudes sur certaines races locales, la solidarité entre éleveurs et organismes de sélection a facilité la reconstitution des troupeaux.
(1) Dispositif d’accompagnement des agriculteurs ouvert à tout exploitant en difficulté. Il s’appuie sur les compétences complémentaires de la MSA (situation sociale, budgétaire et administrative) et de la chambre d’agriculture (analyse globale de l’exploitation, appui aux choix stratégiques, sur les plans technique, économique, financier et organisationnel).