La Bretagne représente 5 % du territoire français, mais concentre 16 % des émissions d’ammoniac, presque exclusivement d’origine agricole : 98 % proviennent du stockage et de l’épandage des effluents. « Les concentrations sont importantes au printemps. Ce gaz n’est pas toxique en soi, mais combiné avec d’autres molécules, il contribue à former des particules fines nocives pour la santé », indique Meryll Le Quilleuc, de l’association Air Breizh. Sur le plan national, un objectif de réduction de 13 % des émissions d’ici à 2030 par rapport à 2005 a été fixé.
Identifier des leviers d’action
En 2021, les chambres d’agriculture de la Bretagne et Air Breizh ont lancé le projet Abaa (Ammonia Brittany air ambiant) afin d’identifier des leviers d’actions, notamment lors de l’épandage.
Un groupe de vingt et un producteurs de lait, porcs et volailles, issus de sept Cuma et deux ETA (entreprises de travaux agricoles), a été constitué dans le Pays de Brest (Finistère). Après des diagnostics individuels et la mise en place de plans d’action, chacun a testé et évalué ses pratiques. Résultat : une baisse moyenne de 12 % des émissions d’ammoniac dans l’air en quatre ans.
« Les concentrations varient selon la météo, la saison, le type de matériel et son utilisation, explique Léna Oddos, agronome à la chambre d’agriculture de la Bretagne. Les systèmes avec buses sont beaucoup plus émissifs que les rampes à pendillards ou les enfouisseurs. La hauteur de la rampe joue également. »
Double intérêt
L’intérêt est double : un bénéfice environnemental et un gain économique, l’azote étant mieux valorisé par les cultures. Le coût du matériel est, en revanche, plus onéreux. Les investissements sont donc généralement réalisés en Cuma ou par des ETA.
L’enjeu est désormais de diffuser ces acquis sur le terrain. Un nouveau groupe de sept agriculteurs méthaniseurs de la région de Rennes, en Ille-et-Vilaine (dont François Trubert, en photo), est déjà constitué pour travailler plus spécifiquement sur le digestat.
Ces nouvelles références selon le type de matériels serviront à affiner les modèles de calcul de l’inventaire des émissions. « C’est une reconnaissance du travail des agriculteurs qui n’était pas prise en compte jusque-là », conclut Edwige Kerboriou, vice-présidente de la chambre d’agriculture de la Bretagne.