L’hexane, un solvant utilisé par l’industrie pour extraire l’huile des oléagineux (colza, tournesol, soja), est apparu l’an dernier dans le débat public, à la faveur notamment d’enquêtes d’ONG comme Greenpeace et du livre du journaliste Guillaume Coudray intitulé « De l’essence dans nos assiettes ». L’hexane est issu de la distillation du pétrole, et utilisé depuis des décennies. À la suite de cette alerte, l’interprofession des huiles et des protéines végétales, Terres Univia, avait assuré en septembre dernier : « Il n’y a pas aujourd’hui d’alerte sanitaire liée à la consommation d’huiles ou de produits de grande consommation. »
Une proposition de loi en préparation
« Notre constat principal, c’est que l’hexane est un produit dangereux. […] Il est classé neurotoxique pour l’humain par l’Agence européenne des produits chimiques (Echa), toxique par inhalation et suspecté de contribuer au développement de maladies comme Parkinson », a déclaré à l’AFP le député Richard Ramos (MoDem), co-auteur avec son collègue Julien Gabarron (RN) d’un rapport publié mercredi 28 janvier 2026.
« Au minimum, on doit informer le consommateur et attendre les prochains résultats scientifiques pour savoir s’il faut l’interdire », a-t-il dit, ajoutant qu’il allait préparer une « proposition de loi » à cet effet.
Réévaluation en cours
L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), saisie par la Commission européenne, a estimé nécessaire de réévaluer cette substance, dont les limites maximales de résidus (LMR) autorisées ont été fixées en 1996 et jamais révisées depuis. Ses conclusions sont attendues en 2027.
L’hexane est à bon marché et permet d’extraire 97 % de l’huile contenue dans les graines (contre environ 80 % pour la seule pression mécanique). L’hexane est ensuite « éliminée à plus de 99,9 % de l’huile brute et des tourteaux », ce qui « ne peut toutefois empêcher la présence de résidus dans des produits alimentaires », selon le rapport parlementaire.
« Des alternatives existent »
De son côté, la Fédération nationale des corps gras (FNGC), qui regroupe les industriels du secteur, souligne que « les seuils résiduels sont extrêmement faibles » et que « toutes les analyses montrent le respect du seuil réglementaire qui est fixé à un milligramme par kilo — dans le but d’exclure tout risque pour la santé ».
La mission parlementaire déplore pour sa part une réglementation européenne « lacunaire et obsolète », qui ne définit pas précisément ce qu’est l’hexane. Et concernant les tourteaux, « il n’existe pas de teneur maximale réglementaire » et « aucune limite maximale de résidus » pour les « produits d’origine animale » comme le lait ou la viande.
Pourtant, affirme le rapport, « des alternatives existent » et « les leaders de la filière s’obstinent à les ignorer ». Il cite notamment le géant des huiles Avril « dont les représentants ont décliné l’invitation des rapporteurs à être auditionnés ».
Richard Ramos cite deux start-ups françaises qui travaillent sur des produits de substitution, SFE Process et EcoXtract. Cette dernière société propose un solvant (le 2-méthyloxolane) produit à partir de « carbone 100 % végétal » dont l’utilisation a été autorisée après une évaluation par l’Efsa. Ce solvant pourrait concurrencer l’hexane, utilisé par Avril, selon le député.
Surcoût « de l’ordre de 5 % » sur l’huile alimentaire
Un récent article de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir demandait « à qui profite le buzz » du « scandale de l’hexane » et désignait EcoXtract comme l’une des sources d’alerte de l’Efsa. Le député estime qu’il n’est pas surprenant qu’EcoXtract ait participé « aux alertes concernant l’hexane » puisque cette société cherchait précisément à développer un solvant alternatif.
« Quand aujourd’hui vous mangez du jambon […] sans nitrite, c’est parce qu’une start-up a inventé la poudre d’agrumes qui remplace le nitrite. À la Commission des affaires économiques, on assume que des start-ups françaises challengent (les gros groupes) avec de nouveaux produits », a-t-il ajouté. D’après EcoXtract, auditionné par la mission parlementaire, le surcoût attendu sur le produit fini serait « de l’ordre de 5 % » par rapport à l’hexane. Soit 10 à 12 centimes d’euro par bouteille d’huile.
Outre leur appel à « imposer » l’information des consommateurs d’huiles « par voie d’étiquetage », les députés Gabarron et Ramos recommandent notamment de soutenir la recherche pour documenter les risques liés à l’utilisation de l’hexane et d’étudier avec la filière oléoprotéagineuse les conditions « d’un plan d’investissement pour la substitution de l’hexane par d’autres solutions d’extraction des huiles ».