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« Le foin fournit les protéines pour nos chèvres »

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Ration - « Le foin fournit les protéines pour nos chèvres »
Lorsque les terres sont passées en bio, Matthieu Bergougnoux (à gauche) et Julien Mazet ont introduit de la vesce avec l'avoine d’hiver, et semé un mélange suisse dans les prairies pour obtenir un fourrage plus équilibré. © Florence Jacquemoud

Dans le Lot, les associés du Gaec de Mordesson cultivent un foin riche pour réduire l’utilisation de concentrés dans la ration de leurs chèvres.

En 1989, Michel et Anne-Marie Alibert et Éric Bergougnoux ont créé le Gaec de Mordesson, à Rignac, dans le Lot, pour élever 240 chèvres de race saanen et transformer le lait en fromage à la ferme. Rejoints en 2008 par Matthieu Bergougnoux, avec 60 chèvres et 30 ha, puis par Julien Mazet, en 2015, avec 30 ha supplémentaires, ils visent à être les plus autonomes possible en protéines­ avec des foins de qualité. « Nous n’avons pas augmenté le cheptel, afin de pouvoir passer les périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes », souligne Matthieu.

Valoriser la ration

Le Gaec élève 320 chèvres sur un système basé en foin, 24 vaches salers et une quinzaine de génisses. Il dispose de 120 ha de SAU, dont 35 ha cultivables. Depuis 2016, toutes les terres et le troupeau bovin sont en bio. Pour les chèvres, le passage en bio se fera plus tard, le pâturage étant un point délicat à gérer. Celles-ci produisent 270 000 l de lait par an, transformés à 95 % en AOP Rocamadour. L’objectif économique est de 850 l minimum par bête en 300 jours. La ration se compose de 70 % de foin de la propriété, séché en grange, et de 30 % d’aliment concentré.

« En 2008, les chèvres étaient à 700 l par an et notre système fourrager très orienté vers les graminées, poursuit l’agriculteur. Le faible niveau protéique des foins et le manque de fibrosité induisaient une productivité laitière limitée, au regard du potentiel génétique. Nous avons alors introduit de la luzerne et le niveau azoté de la ration a progressé. En revanche, lorsque le stade de récolte n’était pas optimal, les chèvres ne consommaient pas les tiges. »

En 2013, les associés ont également implanté de l’avoine d’hiver récoltée avant l’épiaison, « afin qu’elle garde son appétence et sa digestibilité, souligne Matthieu. Cette solution s’est révélée très satisfaisante pour obtenir une bonne valorisation de la ration. »

Sept mois sans tourteaux

Lorsque l’exploitation est passée en bio, les éleveurs ont associé la vesce à l’avoine. Ils ont, par ailleurs, semé un mélange suisse multi-espèces sur les prairies pour obtenir un fourrage plus équilibré. « En 2017, le climat estival­ favorable, sans sécheresse, a permis d’obtenir des rendements records d’un foin de bonne valeur, à 0,75 UFL et 15,5 % de matières azotées totales, se souvient Matthieu. Associé à la luzerne, ce fourrage nous a permis de passer sept mois sans complémenter la ration par du tourteau et d’obtenir 900 l annuels par chèvre. »

En 2020, les associés ont distribué 1 kg de concentré maximum par jour, dont 170 g de tourteau. « Le pic de lactation a été écrêté, mais la persistance est restée très bonne avec 920 l par animal. Plafonner­ le concentré à 1 kg/jour paraît atteignable si le foin est très riche en protéines. »

Ce travail sur les fourrages nécessite toutefois un budget semences conséquent de 5 000 € par an, mais il s’équilibre par une économie sur les concentrés. Une partie du foin est analysée pour en connaître la qualité. Il est trié et stocké dans trois cellules avec enregistrement de l’ordre d’engrangement, afin d’associer les diverses catégories durant l’année et diversifier la ration.

Trois repas par jour

Pour suivre la santé du troupeau, les associés utilisent, depuis 2015, la bioélectronique (lire l’encadré) quatre fois par an, avant et après les mises bas, sur une dizaine de chèvres sentinelles. « Celles-ci souffraient d’un excès d’azote lié à la très bonne valeur de nos fourrages, d’un problème d’abreuvement et d’hypoglycémie, précise Matthieu. Nous avons corrigé notre ration avec trois repas différents dans la journée : du méteil le matin, de la luzerne à midi et du mélange multi-espèces ou des graminées le soir. Nous nous adaptons aux stades physiologiques en associant les catégories de foin. »

Les exploitants ont également amélioré l’accès à l’eau en installant des abreuvoirs d’une longueur de 2 m à niveau constant­, pour que les chèvres soient plus nombreuses­ à boire ensemble. « Ces corrections ont permis de réduire le nombre d’avortements au tarissement en juillet, rapporte Matthieu. On en dénombre désormais 0 à 2 par an, contre 15 à 20 auparavant. Les chèvres étaient déshydratées et en excès d’azote pendant la lutte, ce qui était défavorable à la bonne nidation du fœtus. »

Florence Jacquemoud

La bioélectronique pour contrôler les équilibres

Depuis plusieurs années, le GDS du Lot utilise la bioélectronique pour établir un diagnostic de la santé des troupeaux. Il travaille, avec la société 5Mvet, sur une approche globale de l’élevage reposant sur l’hydratation, l’alimentation et l’environnement dans lequel vivent les animaux. « Grâce à des sondes, nous mesurons trois paramètres dans le sang, les urines, le lait et les fèces de quelques animaux : le pH, le potentiel d’oxydoréduction (redox) et la résistivité, explique Émilie Laffont, technicienne de l’organisme. Cela permet de savoir si l’équilibre entre énergie et protéines de la ration est bon, si les animaux sont bien hydratés, s’il y a des carences en oligo-éléments et vitamines, et des perturbations électromagnétiques. On peut aussi appréhender l’équilibre Baca (bilan alimentaire cation-anion). Les résultats sont instantanés et nous conseillons l’éleveur le jour de notre visite. Les solutions sont parfois simples et rapides à mettre en œuvre, mais il est indispensable de faire des mesures. »

Une quinzaine d’élevages sont suivis en bioélectronique. Le coût du forfait annuel pour trois visites d’une demi-journée est de 500 €.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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