« La flambée du coût des matières premières, extrêmement volatile et disparate, concerne la quasi-totalité des postes de charges des exploitations agricoles, même le petit matériel », constate Philippe Chotteau, chef du département de l'économie à l'Institut de l'élevage (Idele) lors d'une conférence tenue au Sommet de l'élevage, le jeudi 6 octobre 2022. 

« Seuls les prix des semences et produits vétérinaires ont progressé dans une moindre mesure », ajoute-t-il. 

L'augmentation des prix des bovins à viande est absorbée par la hausse des charges 

Résultat, en août 2022, l'Ipampa (1) viande bovine a progressé de 21 % par rapport au mois d'août 2021. 

© Idele

« La baisse de la parité de l'euro par rapport au dollar américain a participé à enchérir d'autant plus le prix de nos matières premières importées », révèle Philippe Chotteau. 

Dans l'hypothèse "haute" où les tensions et l'instabilité persisteraient d'ici à la fin de l'année 2022, le coût des aliments achetés augmenterait de 40 % par rapport au niveau du début de 2021. Le prix des carburants progresserait de 83 % (GNR à 1,75 €/l avec 15 centimes d'aide) tandis que les prix des engrais azotés bondiraient de 300 %. « Dans certains cas, la tonne d'ammonitrate a déjà dépassé les 800 € cet été », soulève Christèle Pineau, de l'Idele. 

Ainsi, dans l'hypothèse "haute" d'une poursuite de la flambée des prix d'ici à la fin 2022 sur ces trois postes (2), les coûts de production des exploitations naisseurs et naisseurs engraisseurs de jeunes bovins (JB) seraient supérieurs de 1,36 €/kg de carcasse par rapport au début de l'année 2021. 

D'après l'Idele, la hausse de ces trois postes de charges (aliments, carburants et engrais) représenterait plus d'un revenu (1,14)  par UMO en 2021. De fait, « tout ce qui a été gagné par la progression des prix de vente aurait été consommé par ces augmentations de charges, ne permettant pas une hausse du revenu des éleveurs », résume Christèle Pineau. 

La sécheresse comme facteur aggravant

La sécheresse et les fortes chaleurs estivales n'ont fait qu'aggraver le bilan économique déjà fragile des exploitations de bovins à viande. 

« Bien que la situation soit très diversifiée et disparate d'une ferme à une autre, des premières estimations des leviers activés et des dépenses réalisées ou à venir pour tenir jusqu'à la prochaine mise à l'herbe ont été définies », poursuit l'experte de l'Idele. 

La canicule extrême survenue cet été a contraint la majorité des éleveurs à utiliser leurs reports de stocks fourragers de 2021. Dans les zones les plus touchées par la sécheresse, certains élevages ont entamé leur stock 2022 dès le début de juillet. 

Des arbitrages à faire

L'achat de fourrages et de concentrés semble inévitable pour les systèmes les plus impactés, d'autant que les récoltes de maïs ont été très hétérogènes. « D'après les premiers retours des fermes du réseau Inosys, certains éleveurs ont abaissé leur chargement en UGB en augmentant les surfaces en herbe et ceux qui le peuvent, ont introduit des céréales à la place des prairies pour gagner en autonomie alimentaire », partage Christèle Pineau. 

© Idele

Les surcoûts estimés sur le poste des fourrages varieront selon les conditions météorologiques à venir et les stratégies mises en place sur les exploitations. Mais pour bon nombre d'éleveurs, des arbitrages seront à faire entre des achats supplémentaires de fourrages et une baisse du cheptel de reproductrices

(1) Indice des prix d’achat des moyens de production agricole.

(2) Engrais et amendements, carburants et lubrifiants avec travaux par tiers, achats de concentrés et minéraux.