« C’est un choc d’une ampleur inédite », déplore Yannick Fialip, président du CNPA (1), organisation qui fédère plusieurs interprofessions et les industriels (1) à la suite de la publication des chiffres du commerce extérieur pour 2025 par les Douanes, ce 6 février 2026. En 2025, le solde commercial de la France pour les produits agricoles et agroalimentaires est passé de 4,9 milliards d’euros en 2024, à seulement 200 millions pour l’année 2025. La hausse des exportations, 84,2 milliards d’euros soit +2,1 % ne permet pas de compenser les +8,4 % d’importations, qui atteignent 84,1 milliards d’euros.
Un sursaut est nécessaire
« Il y a besoin d’un sursaut en France », lance Yannick Fialip, qui défend que l’exportation « est un élément qui permet de stabiliser la souveraineté alimentaire française ». Un argument qu’appuie Emmanuel Bernard, président de la section des bovins à Interbev qui est membre du CNPA. « L’exportation, c’est le premier secteur d’activité […]. C’était un atout de la France et ça doit le demeurer. […] Il y a des millions d’emplois en France qui dépendent de tout ça, défend-il. Exporter moins c’est importer plus. »
Emmanuel Bernard défend « qu’il faut qu’on [les filières françaises] produise » pour maintenir un certain équilibre entre l’importation et l’exportation. « Si on perd des parts de marché à l’exportation, c’est aussi parce qu’on perd des parts de marché chez nous. C’est global il y a un enjeu aussi pour se sécuriser sur la production intérieure », argumente-t-il.
Facteurs conjoncturels et structurels
Le Centre national pour la promotion des produits agricoles et agroalimentaires (CNPA) souligne des facteurs conjoncturels qui expliquent cette « dégradation historique » de la balance commerciale agricole et agroalimentaire française pour 2025, comme les mauvaises récoltes de 2024, la flambée des prix de plusieurs matières premières agricoles — comme le cacao, le thé, le café qu’on importe largement — ou encore la dépréciation du dollar par rapport à l’euro et l’instauration de droits de douane, notamment par les États-Unis.
Mais ce qui inquiète l’organisation ce sont les raisons conjoncturelles de ce décrochage. Le CNPA pointe « l’erreur stratégique qui a amené à privilégier la montée en gamme de la production française comme priorité à l’export, et à perdre ainsi en compétitivité sur l’entrée et le cœur de gamme » et le poids des normes.
Un plan de relance des exportations
Le CNPA appelle à établir « un plan coordonné pour relancer les exportations agricoles et agroalimentaires ». « Nous voudrions que le gouvernement nous accompagne plus fortement sur la capacité d’exportation de la France », défend Yannick Fialip. Il regrette notamment le manque d’accompagnement pour aller les marchés émergents et déplore la nouvelle baisse des soutiens pour développer l’exportation, actée dans le budget pour 2026.
Sur le réseau social X ce 6 février, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a réagi qualifiant « d’incontestable » le décrochage de la balance commerciale. « La France doit réagir immédiatement, en redonnant à nos agriculteurs les moyens de produire et d’investir », a-t-elle défendu.
J’en appelle à la mobilisation générale.
— Annie Genevard (@AnnieGenevard) February 6, 2026
En 2025, l’excédent agroalimentaire français tombe à 200 millions d’euros, contre 3,9 milliards en 2024 et 5,3 milliards en 2023. Le décrochage est incontestable et la France doit réagir immédiatement, en redonnant à nos agriculteurs les…
(1) Le Centre national pour la promotion des produits agricoles et alimentaires fédère les principaux acteurs de la filière alimentaire : Ania (industries alimentaires), Anivin de France, Chambres d’agriculture France, Cniel, CNIPT, CNMCCA, FNSEA, Inaporc, Interbev, Intercéréales, Interfel, La Coopération Agricole.