Le Sénat fait un bilan à chaud de la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Après avoir auditionné « 141 acteurs du monde agricole et experts du sanitaire animal » depuis la mi-novembre, quatre parlementaires de la commission des affaires économiques du Sénat ont rendu leurs conclusions mercredi 4 février 2026.

Ils affirment qu’il existe un « consensus scientifique sur l’efficacité du protocole sanitaire » à savoir l’abattage total des foyers dès qu’un cas est recensé, la vaccination dans les zones à proximité et l’interdiction des mouvements d’animaux. Les rapporteurs pointent toutefois du doigt plusieurs failles de la crise de la DNC. Ils déplorent que les annonces de dépeuplement faites aux éleveurs par les services de l’État n’aient pas été plus réfléchies. « L’annonce peut laisser d’importantes séquelles psychologiques. Il est tout à fait inadmissible que cette dernière se fasse en l’absence de personnes de confiance ou de psychologue, ou par courriel » s’insurge la corapporteure Annick Jacquemet. Les parlementaires préconisent ainsi dans le futur « un protocole national sur les modalités d’annonce du dépeuplement ».

Un coût de plus de 60 millions

Certains syndicats agricoles réclament le déclassement de la maladie dans la réglementation européenne ou la généralisation de la vaccination à tout le cheptel français. Les travaux des parlementaires ont conclu que ces mesures ne sont pas « souhaitables ». Ils affirment que le « bénéfice/risque » est défavorable puisque la France perdrait le statut indemne lui permettant d’exporter. Les pertes économiques se chiffreraient alors en milliards d’euros par an, selon le ministère de l’Agriculture.

La mission d’information a également fait le bilan du coût de la DNC pour les services publics en 2025 : elle dépasse les 60 millions d’euros. Sont comptabilisés 42 millions pour les indemnisations, la vaccination et la mise en place des mesures de restriction, et 22 millions d’euros d’aides aux exploitations fragilisées par les restrictions de mouvement. Ces calculs ne prennent pas en compte les aides déployées par certains départements et régions.

Revaccination préventive

Avec la possibilité de recrudescence de la maladie dès le printemps, les parlementaires appellent à anticiper en faisant de la vaccination préventive dans les zones déjà touchées en 2025. L’efficacité du vaccin étant d’environ un an, les animaux des Savoies en particulier doivent être de nouveau protégés avant la mise à l’herbe, ainsi que les veaux nés après coup.

À court terme, les parlementaires appellent aussi à renforcer les contrôles de mouvements d’animaux dans une zone de 5 km autour des foyers de la maladie, où ils sont interdits. À plus moyen terme, ils souhaitent « des moyens budgétaires » pour moderniser les banques de données qui permettent d’identifier les bovins et suivre leurs déplacements.

Protéger davantage les vétérinaires

Enfin, le Sénat propose une modification du code pénal pour protéger d'avantage la profession vétérinaire face aux outrages subis. 

La profession a été la cible d'une grande violence durant la crise, rapporte les parlementaires : « agressions physiques, insultes racistes et menaces de mort ». Le Sénat plaide ainsi pour que les vétérinaires disposent des mêmes outils juridiques de défense que les médecins ou les maires lorsqu'ils sont attaqués dans l'exercice de leurs fonctions.