Les prix des engrais de synthèse (à base d'azote, de phosphore ou de potasse) ont triplé depuis un an et demi, à la suite des perturbations de l'offre de la Russie, qui en était le premier exportateur mondial, et de la flambée des cours du gaz, essentiel pour leur fabrication. Déjà plombés par les prix, les agriculteurs sont désormais confrontés au risque de pénurie : pour maintenir leur rentabilité, des fabricants européens ont arrêté leur production d'ammoniac (obtenu à partir de gaz naturel), au risque de menacer les rendements agricoles de 2023. La Commission européenne propose de lever les droits de douane sur l'importation d'ammoniac et d'urée, « une mesure nécessaire pour aider les producteurs d'engrais et faire retomber les prix », selon le commissaire à l'Agriculture Janusz Wojciechowski. Les Vingt-Sept se prononceront formellement sur cette idée le 26 septembre 2022 à Bruxelles.

Du côté du Canada

« Qu'on puisse faciliter la circulation des composants d'engrais, c'est une nécessité. On est aussi en train d'organiser les mécanismes de solidarité qui permettront aux agriculteurs d'obtenir des engrais », a souligné le ministre français Marc Fesneau à Prague.

Comme pour le gaz, la Commission veut également diversifier les sources d'approvisionnement, notamment via une coopération accrue avec le Canada, grand producteur d'ammoniac: Janusz Wojciechowski rencontrera à la fin de septembre en Indonésie le ministre canadien de l'Agriculture dans le cadre du G20, a-t-il annoncé.

Il faut d'urgence « des mesures pour permettre aux agriculteurs de poursuivre leur activité et pour contrôler les prix. Soit les prix du gaz baissent, soit les usines d'engrais continuent à fermer », ajoute un responsable du ministère espagnol de l'Agriculture. « Le risque est que les agriculteurs se passent d'engrais, renoncent à certaines cultures, ou laissent des terres en jachère », s'alarme-t-il.

Une stratégie plus ambitieuse

Au-delà de la crise actuelle, Paris et Madrid réclament une stratégie européenne ambitieuse, sur le modèle du plan de l'Union européenne pour doper sa production de semi-conducteurs. « Comme pour les puces, indispensables à notre industrie, nous ne pouvons parler d'autonomie européenne que si nous avons notre propre production d'engrais, élément crucial pour l'agriculture », a observé vendredi le ministre espagnol Luis Planas Puchades.

« À moyen-long terme, il faut soit assurer notre souveraineté sur les engrais minéraux, soit faire le glissement vers les engrais organiques (....) pour ne plus se retrouver en risque de pénurie », abonde Marc Fesneau. Pour autant, « le développement des engrais organiques, c'est à long terme, et les quantités sont sans commune mesure » avec celles des engrais minéraux manquant actuellement, tempère-t-on à Madrid.