« Il existe une grande diversité de punaises. Rien qu’en France, on en dénombre 1 350 espèces, dont une bonne partie risquent de se retrouver dans les cultures. Toutefois, on ne les connaît pas bien, il y a beaucoup de lacunes, notamment parce que jusqu’à présent elles n’intéressaient personne, car elles ne faisaient pas de dégâts », informe Jean-Claude Streito, de l’Inrae (1).

Espèces invasives

Si certaines sont des prédatrices – comme Macrolophus pygmaeus, qui est à la base de la protection intégrée en production de tomates sous serre –, une grande partie de ces punaises sont phytophages. Or, aujourd’hui, on note leur forte recrudescence. Elles sont très présentes sur les cultures légumières (tomate, aubergine, choux, fraise…) et fruitières (pomme, poire, noisette, kiwi, prune…). On les observe également en production de semences, sur plantes aromatiques ou en grandes cultures (lire l’encadré ci-dessous).

Les dégâts vont de la nécrose (ci-dessous) à l’absence de fruits. © R. Hamidi

Les symptômes les plus classiques sont des piqûres, à l’origine de tâches chlorotiques. Mais une autre constatation est plus ennuyeuse : sur les organes en croissance, notamment fruits ou légumes, l’endroit de la piqûre s’arrête de grandir, ce qui provoque des déformations. Autres dégâts possibles : chute de fleurs, de fruits, perte de pouvoir germinatif et baisse de croissance.

Même s’il ne s’agit pas du principal problème, les punaises véhiculent également des agents pathogènes, mécaniquement, en faisant une porte d’entrée avec leurs trous dans les végétaux, ou en transmettant directement des maladies.

« Leur émergence ou réémergence n’a rien d’étonnant, car on ne cultive plus comme il y a soixante-dix ans, souligne le spécialiste. Les pratiques changent, les faunes associées aussi. Un des aspects importants de ces changements est la baisse de l’emploi des pesticides, notamment des insecticides. Or, quand on diminue la protection chimique, des espèces qui étaient contrôlées par des produits qui ne leur étaient pas destinés, risquent de poser un problème. »

Le changement climatique joue également un rôle non négligeable : les punaises remontent rapidement vers le nord. À titre d’exemple, Nezara viridula, qui fait notamment des dégâts en kiwi, était considérée jusque dans les années 1970 comme tropicale, subtropicale ou méditerranéenne, et elle ne se manifestait qu’au sud de la France. Mais à partir des années 2010, elle a été régulièrement observée au nord. Et c’est loin d’être la seule espèce dans ce cas.

« L’émergence de ces punaises s’explique également par les “invasions biologiques”. L’exemple qui nous inquiète le plus en cultures, c’est celui de la punaise diabolique, Halyomorpha halys », complète Jean-Claude Streito. Originaire de Chine, elle a d’abord été introduite aux États-Unis, où elle fait désormais de très gros dégâts sur nombre de cultures. Arrivée en Europe dans les années 2000, elle a été découverte en France en 2012. Actuellement notre pays est envahi. Or, les populations augmentant, dans les régions où elle est présente depuis plusieurs années, il y a de plus en plus de dommages.

« N’ayant pas affaire au même cortège de punaises selon les végétaux, ni aux mêmes biologies, on le comprend, l’identification reste fondamentale, ajoute le spécialiste. Or elles demeurent difficiles à étudier, car elles bougent beaucoup et que leurs dégâts sont décalés, arrivant bien après les piqûres. Il sera donc nécessaire d’avoir beaucoup d’innovations pour en venir à bout sans pesticides. » (lire l’encadré ci-dessous) Céline Fricotté

(1) Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.