« Il est difficile pour les organisations de producteurs de ne pas tenir compte de l’environnement de marché pour négocier et ajuster le prix du lait déterminé par les formules de prix prévues dans les contrats. De façon incompréhensible, la loi EGAlim ne contraint pas les coopératives à intégrer les coûts de production dans leur formule. Cette distorsion avec les collecteurs privés est anormale. La version 2 de la loi EGAlim, attendue sous peu, ne le remettrait pas en cause.

Chez certains décideurs subsiste une vision idéalisée des coopératives selon laquelle ces dernières ne peuvent aller à l’encontre de l’intérêt des producteurs. Mais le fait est que ça ne fonctionne pas.

Tendre les négociations

La formule inscrite dans le contrat-cadre liant Lactalis et l’OPLB intègre des indices publics de coûts de production tels que de l’Ipampa lait de vache (1) et de l’indicateur coût de revient édité par l’interprofession laitière. Ces indicateurs sont appliqués sur la partie PGC France (2) du mix-produit Lactalis.

Je ne dis pas que cela est suffisant, mais c’est une étape importante. Tant que les coopératives n’avanceront pas sur l’intégration des coûts de production, il sera difficile d’aller plus loin. Car pour une laiterie privée, il n’est pas durable d’acheter une matière première plus cher pour se retrouver sur les mêmes marchés, avec des distributeurs qui sont à l’écoute des offres les moins-disantes.

Jusqu’ici, Lactalis a toujours respecté le contrat-cadre. Mais si demain l’écart de prix du lait devait encore s’agrandir avec les coopératives, comment continuer à faire vivre un accord de prix ? Cela va tendre les négociations avec nos collecteurs. La signature d’un accord-cadre est le fruit d’années de travail. Lactalis s’est ouvert à la discussion, témoignant de davantage de lisibilité, alors que ce n’était pas gagné au départ ! Les acquis d’EGAlim risquent d’être fragilisés.

Même cadre légal

J’entends des coopératives dire qu’elles travaillent sur une meilleure prise en compte des coûts de production, en les inscrivant dans leur règlement intérieur. Alors pourquoi ne pas le traduire dans l’expression des formules de prix, pour plus de transparence envers les associés coopérateurs et les clients distributeurs ? La loi devrait, par essence, être appliquée par tous, pour éviter des écarts de compétitivité préjudiciables­ pour notre prix du lait.

L’enjeu est d’autant plus important que l’inflation est de retour. Les prix des intrants flambent sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Nous devons la faire valoir auprès de l’ensemble des clients de nos laiteries jusqu’à ce que toutes les enseignes de la grande distribution et les clients de la restauration hors foyers la répercutent au consommateur. Nous ne parlons que de quelques centimes d’euros sur une bouteille de lait, dont on nous dit qu’ils peuvent porter atteinte au pouvoir d’achat des consommateurs.

L’alimentaire à un prix, son indépendance aussi. Ne dévalorisons pas le savoir-faire des producteurs et des transformateurs qui œuvrent chaque jour pour une alimentation toujours plus saine et durable. »

Propos recueillis par A. Courty

(1) Indice des prix d’achat des moyens de production agricole.

(2) Produits de grande consommation.