Les marchés agricoles abordent la trêve des confiseurs dans un climat morose. La hausse de l’euro face au dollar et la chute du pétrole s’ajoutent à des fondamentaux lourds, accentuant la pression sur la plupart des produits. Seul le maïs semble résister à ce regain de déprime.

Pression baissière sur le blé

Le marché du blé termine l’année 2025 dans la déprime. Déjà fragiles, les cours du blé rendu Rouen ont cédé 2 €/t supplémentaires cette semaine, inscrivant un nouveau plus bas de campagne à 183 €/t base juillet, un niveau inédit depuis mars 2024. À l’époque, l’Europe absorbait des volumes massifs de blé ukrainien, tandis qu’une récolte record en Russie saturait le marché mondial. Aujourd’hui, les blés ukrainiens sont quasi absents, freinés par un quota d’importation très restrictif rétabli le 1er juillet 2025. La pression russe reste contenue, avec des prix stables autour de 228 $/t Fob, mais la tendance demeure baissière en France.

Le renforcement de l’euro face au dollar jusqu’à 1,1800 en début de semaine, porté par une politique monétaire accommodante de la Fed, pénalise la compétitivité européenne. Sur Euronext, le blé recule également, entraîné par les ventes des fonds et la faiblesse du marché de Chicago. Les fondamentaux restent lourds : abondance mondiale, récoltes records en Australie et Argentine, et perspectives favorables pour la prochaine campagne grâce à des conditions de culture optimales en Europe et mer Noire. De quoi maintenir les acheteurs sereins et accentuer la pression sur les vendeurs.

Quelques atouts subsistent pour le blé français : une forte demande en alimentation animale, un regain de compétitivité intra-européenne et une qualité supérieure face à l’Argentine, où les taux de protéines déçoivent cette année.

Légère progression du maïs

Sans éclat, le maïs s’impose comme le seul produit en hausse cette semaine en France. La cotation rendu Bordeaux gagne 2 €/t pour atteindre 183 €/t, plaçant blé et maïs désormais au coude-à-coude. Cette proximité limite l’intérêt du maïs en alimentation animale, orientant la demande vers l’exportation communautaire où il reste une alternative fiable en quantité et qualité, alors que les flux ukrainiens peinent à se rétablir. Retards de récolte, infrastructures endommagées et contraintes logistiques continuent de freiner les exportations ukrainiennes.

Profitant de ces difficultés et de l’épuisement des disponibilités brésiliennes, le maïs américain affiche une dynamique exceptionnelle. Le ministère américain de l’agriculture (USDA), rattrapant son retard de publication lié au shutdown, révèle des ventes records : 1,8 million de tonnes en moyenne par semaine en novembre, soit 44,355 millions de tonnes cumulées, contre 30,4 millions de tonnes en moyenne sur cinq ans. Cette performance amortit l’impact d’une récolte de 2025 record aux États-Unis. Dans ce contexte, le prix Fob américain reste ferme à 213 $/t, en hausse par rapport aux 207 $/t observés il y a un an, contrastant avec la faiblesse persistante du prix du blé.

Repli brutal pour le colza

Après plusieurs semaines d’hésitation, le marché du colza a choisi sa direction : la baisse. Et comme souvent sur cet oléagineux, le mouvement est marqué. La graine Fob Moselle recule de 19 €/t sur la semaine pour s’établir à 461 €/t, son plus bas depuis le 3 octobre. Jusqu’ici, le colza bénéficiait de soutiens solides : chute des importations ukrainiennes depuis l’été, trituration dynamique estimée à 1,6 million de tonnes en novembre par la Fédiol, demande accrue pour compenser le déficit de tournesol et déploiement en Allemagne de la directive Red III, favorable au biodiesel de colza.

Mais l’horizon s’est assombri. Le raffermissement de l’euro/dollar à 1,1800 pénalise la compétitivité européenne, tandis que le complexe oléagineux subit un choc baissier. Le pétrole décroche à 55 $ le baril à New York, entraînant les huiles végétales dans son sillage. L’huile de palme recule, lestée par des stocks malaisiens au plus haut depuis sept ans. Le canola canadien cède également, sous la pression d’une récolte record révisée à 21,8 millions de tonnes par StatsCan. Une accentuation des importations de canola dans l’Union européenne est ainsi anticipée pour les prochains mois.

Enfin, la perspective d’une offre européenne encore plus abondante en 2026 accentue la pression : Agreste anticipe une progression des surfaces françaises de colza de 6,4 % à 1,344 millions d’hectares pour 2026.

La détente se confirme pour le soja

Le marché du tourteau de soja poursuit son repli. La cotation rapprochée en délivré Montoir recule de 5 €/t cette semaine pour s’établir à 331 €/t. Après avoir bondi de plus de 60 €/t entre le 20 octobre et le 6 novembre, porté par l’accord commercial sino-américain et la réglementation européenne EUDR sur la déforestation, le marché a effacé de près de 75 % ce mouvement haussier.

L’application de l’EUDR est désormais reportée, tandis que l’enthousiasme autour des achats chinois s’estompe sur le marché du soja à Chicago. Les ventes américaines progressent régulièrement vers la Chine, mais la dynamique haussière s’est dissipée. Les opérateurs et les fonds doutent des termes finaux de l’accord sino-américain, jamais signés ni publiés officiellement.

Parallèlement, le Brésil bénéficie de conditions climatiques idéales, renforçant la perspective d’une production record au début de 2026. Cette abondance mondiale accentue la pression sur les prix. Seul le rattrapage des achats en retard par les consommateurs européens amortit partiellement la baisse des cours en Europe de l’Ouest.

Dans ce contexte, la tendance reste orientée à la baisse, avec un marché sensible aux flux sud-américains et à la confirmation des volumes chinois.

(1) Argus Media, société spécialisée dans le suivi des marchés des matières premières, nous livre son analyse agricole hebdomadaire.
(2) À suivre : taux de protéines final des blés en Argentine : concrétisation de nouveaux achats chinois au départ des États-Unis ; ajustement des rendements de maïs américain dans le prochain rapport de l'USDA de janvier ; mouvement de hausse de la parité euro/dollar ; réduction des volumes traités à l’approche de la trêve des confiseurs ; météo hivernale sur les blés de mer Noire ; évolution du conflit et de la logistique en Ukraine.