C’est un stagiaire de l’association Terre & Humanisme qui a trouvé cet acronyme simple et efficace : Lifofer, pour litière forestière fermentée. Déjà éprouvée depuis plusieurs décennies en Amérique latine et en Asie, cette technique de biofertilisant émerge en France sur de nombreuses cultures. La Lifofer est une solution de ferments lactiques à base de litière forestière. Elle peut être fabriquée à la ferme, ce qui limite les coûts mais limite la reproductibilité, ou être achetée (Lifofer liquide et mélasse, à environ 100 euros les 1 000 litres).
Effet starter
Toutes ces lacto-fermentations sont très riches en microbes, comme l’explique Rémi Thinard, formateur en agroécologie à Symbiotik agroécologie. « Ces produits activent la vie microbienne du sol, et par effet rebond, ils assurent une meilleure santé des plantes. Un véritable couteau suisse de l’agronomie ! »
Au début du printemps, la Lifofer apporte un effet starter sur la minéralisation, donc sur la reprise de la végétation, en foliaire ou lors du travail du sol, comme l’explique Baptiste Maître, agronome et agriculteur. « Je l’intègre en pommes de terre dans la raie de plantation ou lors du rebutage. Et je l’applique sur les céréales aux stades clés, trois fois 15 l/ha ». La Lifofer accélère la décomposition des pailles, des fumiers et même des couverts. Elle peut également être utilisée pour restructurer et rééquilibrer le sol.
« Elle contrecarre les effets négatifs de la chimie, comme l’oxydation des sols après un désherbage », note le spécialiste. Elle joue également un rôle fongique. « Si l’espace est occupé par des micro-organismes variés, les pathogènes n’ont plus la place de s’exprimer », indique Francis Bucaille, agronome et fondateur de la société Gaïago. Dans de bonnes conditions, elle peut ainsi se substituer aux fongicides. Ce produit est d’autant plus efficace qu’il s’intègre dans un système global, avec rotation diversifiée et couverts permanents. Les micro-organismes ont besoin de matière organique pour agir.
Efficacité à confirmer en plein champ
Si des études du CNRS ont démontré, en conditions contrôlées, des impacts bénéfiques sur la germination, le développement racinaire et la résistance au stress hydrique des cultures vivrières, les résultats en plein champ sont variables. Il n’existe pas de réseaux d’essais en grandes cultures pour confirmer son efficacité.
Néanmoins, plusieurs agriculteurs ou agronomes mesurent ses effets. « Dans l’Oise, en 2025 sur blé, nous avons substitué trois fongicides avec de la Lifofer ; les rendements sont équivalents », remarque Baptiste Maître. Cédric Lexteriat et son frère, céréaliers à Neuvy- Pailloux (Indre), ont pulvérisé de la Lifofer à l’automne. « Il est trop tôt pour voir son efficacité. Nous nous en servons en complément des oligoéléments apportés par l’Assimil K (13 €/ha à 2,5 l/ha). On voit un effet sur la pression de la maladie vis-à-vis de l’avoine. » Nicolas Lemane, conseiller chez le négoce Dupré-Lardeau, note une nette amélioration de la structure des sols.