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Dossier Former de futurs vétérinaires ruraux

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Depuis la rentrée 2021, une voie d’accès post-bac a été ouverte vers les quatre écoles nationales vétérinaires françaises. © Stéphane Leitenberger

Qu’il s’agisse des modalités de recrutement ou de l’offre de formation, l’enjeu est de susciter et de satisfaire les vocations pour la rurale.

«Aucun modèle de recrutement ne nous a convaincus quant à son efficacité pour remplir les campagnes. La démonstration n’est pas encore faite », concède Jacques Guérin, président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (CNOV). La question de la capacité à former des praticiens en France se pose aussi. En 2020, 52,25 % des nouveaux inscrits au tableau de l’Ordre, toutes spécialités confondues, n’étaient pas issus d’une école vétérinaire française. Parmi ceux-ci, 41,7 % étaient de nationalité française. « Si les universités de Belgique représentent près de 22 % des primo inscrits, la proportion de nouveaux inscrits issus des universités espagnoles et roumaines continue de progresser », constate l’Atlas démographique de la profession.

Pour contrecarrer cette tendance, diversifier les profils d’étudiants et « augmenter le nombre de vétérinaires formés pour la pratique rurale », le ministère de l’Agriculture a ouvert cette année une voie d’accès post-bac aux quatre écoles nationales vétérinaires publiques françaises (Maisons-Alfort, Toulouse, Nantes et Lyon), à raison de 40 places par école. Avant de rejoindre leurs établissements respectifs, la première promotion de 160 étudiants a fait sa rentrée en septembre dernier, avec une semaine de formation commune. Le programme comprenait, entre autres, des visites d’élevage.

Cette rentrée a été réalisée à Limoges, « sur sollicitation­ d’Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, qui a affiché sa volonté d’y installer une cinquième école vétérinaire publique », indique Marc Gogny, chargé de mission concours vétérinaire post-bac, dans les colonnes de La dépêche vétérinaire, fin août 2021. Ce projet de nouvel établissement vétérinaire public pourrait voir le jour en 2023. « Il s’agirait d’abord d’ouvrir une cinquième année d’approfondissement à Limoges, puis, progressivement, d’avoir à terme une école de plein exercice », expose Alain Rousset. Il affiche clairement son ambition de grossir les rangs des vétérinaires ruraux. « On ne peut pas accompagner les éleveurs si le monde vétérinaire ne les accompagne pas », justifie-t-il. Si le feu vert du ministère de l’Agriculture n’a pas encore été donné, « plusieurs entretiens ont déjà eu lieu », assure le président de région.

Écoles publiques et privées en projet

En parallèle, un projet d’école vétérinaire privée, porté par UniLasalle (1), semble sur de bons rails. L’établissement espère ouvrir ses portes à la rentrée 2022. Son directeur, Philippe Choquet, défend un modèle complémen­taire aux écoles publiques existantes. Le projet se situe à Rouen (Seine-Maritime), « car la région Normandie est l’un des principaux berceaux français d’élevage bovin et équin ». Il s’appuie également sur une voie d’accès post-bac : « examen du dossier, concours, entretien et épreuve pratique », détaille le directeur d’UniLasalle, qui souhaite s’inscrire dans une approche « One Health ». « Grâce à nos formations d’ingénieurs en agriculture, nous couvrons déjà la santé du sol, des plantes, et même des hommes avec notre programme en alimentation et santé. Nous avons aussi une approche de la santé animale, mais pas encore vétérinaire. » Il avance un cursus sur six ans proposant une « plus grande exposition au monde professionnel, avec notamment des stages en exploitation agricole et en zone rurale ». Le tout moyennant 15 500 € de frais de scolarité annuels, « quand la moyenne européenne tourne autour de 40 000 à 50 000 € par élève et par an. Notre objectif est de flécher sur cette formation une partie de la subvention que nous recevons du ministère de l’Agriculture pour la formation ingénieur », explique Philippe Choquet.

Un cadre commun

Mais dans la profession vétérinaire, des voix s’élèvent contre ce projet. « La création d’écoles vétérinaires privées ne tarira pas ce flux de praticiens français venant de facultés européennes. Les formations à l’étranger permettront toujours de contourner les redoutés concours français », estime le collectif Vétérinaires en colère. Il juge également « illusoire » d’espérer attirer davantage de jeunes du milieu rural et agricole « avec des coûts de formation approchant 100 000 € ».

« Tout vétérinaire formé dans l’Union européenne peut exercer en France. Je ne vois pas en quoi nous refuserions un dispositif que l’on accepte ailleurs », tranche Jacques Guérin. Pour le président du CNOV, « le projet d’école privée ne doit cependant pas induire une dualité des diplômes. Il doit correspondre au référentiel des formations et doit être validé par l’Association euro­péenne des établissements d’enseignement vétérinaire (A3EV). Il y a un cahier des charges qui impose les mêmes règles et les mêmes devoirs à toutes les écoles vétérinaires en France. S’il est respecté, le débat est clos. »

(1) Établissement d’enseignement supérieur privé issu de la fusion de l’ISAB, l’IGAL, l’Esitpa, l’École des métiers de l’environnement (EME) et l’ESIEE-Amiens.

Sur l’année 2020-2021, 50 étudiants vétérinaires ont réalisé un stage tutoré en milieu rural en fin de cursus. © Jérôme Chabanne
Le tutorat porte ses fruits

Depuis 2013, les étudiants en dernière année de formation vétérinaire ont la possibilité de réaliser un stage en milieu rural. « Sur 131 vétérinaires inscrits au 31 décembre 2020, 40 n’ont pas changé de département d’exercice entre leur lieu de stage et celui d’exercice actuel », indique l’Atlas démographique de la profession. À cette date, sur les 94 praticiens ayant précisé leurs espèces traitées, 49 déclarent une activité prédominante au profit des animaux de compagnie, soit 52,1 %, contre 80,5 % dans la population des vétérinaires inscrits en 2020. 41 d’entre eux (43,6 %) exercent au profit des animaux de rente, contre 18,1 % du total des vétérinaires français l’an passé.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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