Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Dossier Le panel de variétés s’enrichit

réservé aux abonnés

 - -->
Le catalogue officiel français devrait encore s’étoffer avec de nouvelles variétés de blé tendre sélectionnées pour le bio. © Justine Papin

La sélection de variétés adaptées à la conduite en agriculture biologique s’est accélérée ces dernières années.

En 2021, trois nouveaux blés tendres estampillés « bio » ont été inscrits au catalogue français. Gambetto, LD Voile et LD Chaine allongent la gamme des variétés issues d’un programme de sélection adapté pour l’agriculture biologique (AB), dix ans après Hendrix et Skerzzo, premières du genre en France (lire l’encadré). Geny, Gwenn et Gwastell, premier blé biscuitier inscrit en 2019, en font aussi partie.

Dans un marché en plein essor, la demande est au rendez-vous. Si une partie des semences de blé tendre proposées en bio sont des variétés conventionnelles qui correspondent aux besoins de la filière, certains semenciers se sont lancés dans la sélection spécifique à l’AB. Agri-Obtentions, filiale de l’Inrae qui a notamment développé en 1990 la variété Renan devenue référence en agriculture biologique, et Lemaire Deffontaines en sont les pionniers français. « La sélection est un processus de longue haleine, qui nécessite du temps et des moyens. On ne se contente pas de reconvertir des variétés conventionnelles résistantes aux maladies, commente Joël Blot, directeur commercial à Agri-Obtentions. Notre sélection est orientée bio dès le départ. Aujourd’hui, la gamme s’est étoffée et commence à bien répondre aux demandes des différents marchés. »

Des critères spécifiques

Quels éléments font qu’une variété est adaptée à la bio ? « La tolérance aux maladies, la hauteur de paille et le pouvoir couvrant qui permettent d’être compétitif vis-à-vis des adventices, ou encore un bon système racinaire pour aller chercher l’azote où il est disponible, indique Philippe Lemaire, directeur général de Lemaire Deffontaines. On cherche aussi des variétés assez souples au niveau des dates de semis, qui interviennent souvent plus tard en bio, ou encore qui présentent une valeur boulangère stable. »

L’offre variétale bio provient en partie du catalogue européen, notamment de l’Est (Autriche, Allemagne, Pologne…). Leur comportement, qui peut varier selon les contextes, est étudié dans le réseau d’essai Expébio (Arvalis, Itab, coopératives et chambre d’agriculture). Les blés sont classés en fonction du rendement et de la teneur en protéines.

Entre rendement et protéines

Trois familles se distinguent : les variétés « productives », orientées rendement, celles pour les « protéines » et celles dites « de compromis », plus équilibrées. « Les seuils ne sont pas évidents, explique Agnès Tréguier, ingénieure Arvalis. Wital est par exemple une variété charnière entre compromis et protéines. » Rubisko est le témoin de la catégorie productive. « On y trouve aussi Winner : ce sont des variétés issues du conventionnel, qui sont souvent intéressantes pour les agriculteurs en conversion. Ils n’ont pas encore les prix du bio et ont donc intérêt à aller chercher du rendement », ajoute-t-elle.

« Il n’y a pas de règle universelle pour choisir sa variété, sinon qu’elle doit correspondre à ses objectifs, précise Agnès Tréguier. Si j’ai un contrat, de quelle qualité ai-je besoin pour y répondre ? » Sur ce point, le dialogue avec la meunerie est parfois compliqué. « Certaines variétés ont de bonnes notes de panification avec 9 % de protéines, quand d’autres ont besoin d’au moins 11 % », note l’ingénieur.

Choisir selon l’objectif

Une fois ce curseur positionné, d’autres critères sont à regarder, comme le comportement vis-à-vis des maladies, notamment des rouilles jaune et brune. « Beaucoup de maladies foliaires, telles que la septoriose, sont liées à l’état azoté des plantes, qui sont moins “chargées” en bio. Les rouilles sont les plus rencontrées dans ces systèmes et peuvent engendrer des pertes de rendement importantes », détaille Agnès Tréguier.

Si une variété très couvrante peut exercer une compétition sur les adventices, elle n’intéressera pas un agriculteur qui bine. « Le passage de la bineuse peut abîmer les feuilles. Il est alors judicieux d’opter pour un blé peu couvrant, compatible­ avec cette technique », poursuit­-elle.

Dispositif d’évaluation pour l’AB

En proposant des variétés de blé sélectionnées pour le bio en 2011, l’Inrae a contribué à faire évoluer la réglementation. Le CTPS (Comité technique permanent de la sélection) a adapté ses protocoles d’évaluation.

Le règlement technique VATE (valeur agronomique, technologique et environnementale) définit des caractéristiques spécifiques pour les inscriptions bio : un pouvoir couvrant ou une hauteur importants sont par exemple bonifiés. Cela a conduit à l’inscription au catalogue officiel de Hendrix et Skerzzo avec la mention « variété évaluée en condition d’agriculture biologique ».

Témoignage
Philippe Camburet, agriculteur multiplicateur de semences bio dans l’Yonne et président de la Fnab « Il reste difficile de fournir assez de semences pour toutes les variétés »

« Au niveau de la sélection, les céréales ont un temps d’avance sur le reste, notamment les protéagineux qui ont une diversité catastrophique, concentrée sur quelques variétés seulement.

Aujourd’hui, l’offre variétale en blé est assez élaborée, mais elle devrait s’étendre au-delà des critères classiques de résistance aux maladies, protéines, rendement ou hauteur de paille, que je trouve trop restrictives. Il serait intéressant d’aller plus loin sur les caractéristiques boulangères, qui donnent la possibilité de se distinguer : la composition et la forme des amidons, les temps de chute de Hagberg… Les meuniers sont encore dans des systèmes de standardisation assez poussés et mettent de côté d’autres indices techniques, certainement intéressants mais qui n’ont pas encore été explorés.

Par ailleurs, si le choix en variétés de blé s’est élargi, il n’y a pas toujours de disponibilités très importantes sur chacune d’elles. Les semenciers se sont emparés du sujet et ont largement accentué leur travail de sélection pour répondre aux besoins, mais ce n’est pas suffisant. J’encourage mes collègues à se lancer dans la multiplication de semences bio. Cela demande de la rigueur sur l’assolement, d’être équipé pour stocker et trier, mais n’entraîne pas de difficultés absolues. Depuis quinze ans, du blé, de l’avoine, de l’orge ou de l’épeautre et quelques légumineuses fourragères sont multipliés sur l’exploitation familiale. On a l’habitude d’appliquer un cahier des charges strict en bio, rajouter quelques contraintes supplémentaires n’a pas vraiment posé de problèmes. »

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Les céréales sont hésitantes sur le marché européen

Les prix du blé et du maïs étaient hésitants le mardi 20 janvier 2022 à la mi-journée sur le marché européen, après une envolée liée à la crise russo-ukrainienne et aux conséquences de la sécheresse sud-américaine.
Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !