En mai 2018, le ministre accusait à Marseille les hommes d’être devenus des « armes de destruction massive du vivant », et nous désignait comme principaux responsables de la sixième extinction de masse de la biodiversité. Devant des membres de l’IUCN, des élus, et le préfet de Région, il avait ensuite annoncé le lancement d’un plan sur la biodiversité, afin de permettre aux citoyens français de devenir, avant 2030, « des réparateurs du vivant ». Puis, les équipes du ministre se sont mises au travail pour en préciser les contours.

Le grand public n’a pas chômé non plus. En ligne, sur une plateforme spécifique, il était invité à répondre à des questions jugées prioritaires : « Que faut-il faire pour éviter la disparition des espaces naturels et agricoles ? », « Êtes-vous prêt à consommer différemment ? », ou bien, « Pensez-vous nécessaire d’aider les agriculteurs à changer leurs pratiques et à adopter des méthodes plus respectueuses de la biodiversité telles que l’agroécologie ? ».

Résultat du travail des spécialistes et du grand public, 90 mesures sont dévoilées ce 4 juillet par Nicolas Hulot et le Premier ministre Édouard Philippe, à l’occasion de la réunion du comité interministériel pour la biodiversité au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Certaines d’entre elle concernent directement les agriculteurs.

4 mesures phares pour l’agriculture

Dans les colonnes du journal Le Parisien, Nicolas Hulot dévoile en avant-première plusieurs aspects de son plan.

Il s’agirait tout d’abord de ralentir l’artificialisation des terres, qui transforment champs ou forêts en parkings et grandes surfaces. Le ministère imposerait aux aménageurs de compenser leurs projets en désartificialisant des surfaces équivalentes, peut-être à l’occasion de la nouvelle loi foncière prévue dans le quinquennat.

L’agriculture biologique, pour sa part, bénéficierait de 50 millions d’euros supplémentaires, puisés dans l’augmentation de la redevance pour pollution diffuse des distributeurs de produits phytosanitaires.

Deux autres mesures sont annoncées dans des termes plus vagues, sans objectifs de moyens ni de date. Le ministère mettrait en place une banque de solution pour sortir du glyphosate, confirmant la sortie à l’horizon de cinq ans. Il soutiendrait enfin les agriculteurs qui ont des pratiques vertueuses, « comme les haies dans les champs de céréales ». Le jargon, sur ce point, a des accents bruxellois.

Pas de biodiversité sans agriculteurs

Le ministère veut travailler avec le monde agricole, et il le dit. Dans le même article du Parisien, Nicolas Hulot déclare même sa flamme aux exploitants. « On considère souvent qu’ils font partie du problème. Moi je pars du principe qu’ils font partie de la solution, à condition qu’on les y aide. »

Quelles autres mesures MM Hulot et Philippe ont-ils en réserve ? Quelles seront les modalités de compensation pour les promoteurs qui construisent sur des terres agricoles ? Quels moyens seront mis en œuvre pour trouver et diffuser rapidement des alternatives techniques viables au glyphosate ?

Ils devraient apporter des réponses à la presse ce mercredi à 18h30.

Ivan Logvenoff