« Une alimentation de qualité pour tous. » Tel est l’étendard du syndicat à la veille des élections présidentielle et législatives. Pour le dire autrement : produire moins et mieux pour manger moins (de viande) et mieux (qualité et proximité).

La Confédération paysanne (CP) a présenté à Saint-Denis (93) le 19 janvier 2017 treize « doléances », en référence aux doléances de 1789 (1), pour une politique agricole alimentaire. Un travail de six mois réalisé dans les régions autour d’une trentaine d’ateliers « citoyens » avec l’implication active d’une vingtaine de partenaires de la société civile comme Agter, Attac, Les Amis de la Terre, Les Amis de la Conf’, CIWF, Biocoop, les Civam, le MRJC, le Réseau Action Climat… Ces associations étaient présentes jeudi parmi les quelque 165 participants ainsi qu’à la tribune, pour partager le projet de société pour lequel elles entendent se battre.

Réorienter les aides vers le bien-être animal, les circuits courts, les petites exploitations…

Pour elles, les politiques agricoles (européenne, française et régionale) doivent se préoccuper, non plus du consommateur, « qui n’est qu’un client, une cible de marketing de l’IAA et de la grande distribution enfermée dans le rôle d’acheteur, mais du citoyen préoccupé par la qualité et la provenance de son alimentation, la souveraineté alimentaire de la France, etc. », explique Magali Jacques de Miramap (Mouvement interrégional des Amap).

Cette vision se traduit par un changement de paradigme radical et une réorientation en profondeur des aides publiques vers le bien-être animal, les circuits courts (logistique, abattoirs de proximité…), les petites exploitations (mettre fin au soutien aux produits exportés) qui tendent vers le bio et préservent la ressource naturelle.

Transition vers une agriculture « paysanne »

La CP et ses partenaires souhaitent un soutien à une transition vers une agriculture « paysanne » – qui ne supporte pas la coexistence avec l’agriculture qu’elle nomme « industrielle », « prédatrice de la production alimentaire de qualité » – « une agriculture qui rémunère les producteurs », précise Mikel Hiribaren, de la Confédération paysanne.

Cette transition nécessite de « combattre les principes du libre-échange », de réguler les marchés (« maîtriser et répartir les volumes de production »), d’améliorer et d’amplifier les contrats comme les MAEC et les signer sur du long terme pour répondre aux enjeux agronomiques, alimentaires, de lutte contre le changement climatique (production de légumineuses, sortie de l’usage de pesticides et d’engrais azotés de synthèse, limitation du recours aux antibiotiques, encadrement des énergies renouvelables à la ferme, accentuation de la désintensification, diversification et autonomie des systèmes… autant de pratiques jugées « paysannes »).

Politique foncière qui limite les agrandissements

Cela passe aussi par une politique foncière qui limite les agrandissements et favorise les achats par les collectivités locales pour l’installation, par une réforme de la formation (dès l’école élémentaire, mais aussi celle des agriculteurs ou des chefs cuisiniers) pour réapprendre l’alimentation. « La publicité ne doit pas être la seule à structurer l’alimentation ! », estime Sarah Holmes, du MRJC. « Il convient aussi d’améliorer l’information des consommateurs », ajoute Agathe Gignoux ,du CIWF, en renforçant l’étiquetage de « tous » les produits. « Un étiquetage nutritionnel, environnemental mais aussi sur les modes d’élevage, à l’image de ce qui se pratique sur les œufs », insiste-t-elle.

La société civile dans toutes les instances décisionnaires

Les représentants de la société civile entendent aussi trouver leurs places dans toutes les instances décisionnaires : « Les interprofessions, les chambres d’agriculture, les diverses commissions départementales, régionales et nationales en charge de l’agriculture et des investissements agricoles doivent s’ouvrir à un collège citoyen », prône Magali Jacques, de Miramap.

La Confédération paysanne et ses partenaires comptent bien porter ce programme dans les prochains mois, auprès des politiques. Un programme « de paix » a résumé un des habitants de Saint-Denis présent dans la salle et membre d’une association pour la paix. « Car la souveraineté alimentaire ou la disponibilité de la ressource en eau sont des motifs de guerre. »

« On a réinventé notre engagement politique »

« On a réinventé notre engagement politique, a déclaré fièrement Laurent Pinatel, le porte-parole de la Confédération paysanne à l’issue de cette journée riche d’échanges. Nous sommes pour une autre alimentation car l’injustice c’est que ceux qui n’ont pas d’argent aient une alimentation de moindre qualité. » Et pour lui, se réapproprier l’alimentation c’est « réinterroger les politiques publiques ». « Quand je me suis installé, on ne m’a pas dit qu’il y avait autant d’enjeux. »

Arielle Delest

(1) Les « cahiers de doléances » ont été rédigés en mars-avril 1789 par la noblesse, le clergé et le tiers état pour servir aux états généraux convoqués par Louis XVI pour le 1er mai 1789. Ils contiennent les plaintes et les vœux des populations que doivent présenter les députés élus aux états généraux.