« On va activer très rapidement les dispositifs qu’on connaît, comme l’allègement des charges sociales, la défiscalisation sur la taxe sur le foncier non bâti, […] regarder aussi les dispositifs qui peuvent être pris dans le cadre des calamités agricoles », a précisé le nouveau ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Marc Fesneau était venu constater les dégâts causés par l’épisode de grêle dans une exploitation touchée jeudi à Saint-Quentin-de-Caplong, dans l’est du Bordelais.

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Prolongement des prêts garantis par l’État

« Il y a une demande qui a été faite, on y travaille d’arrache-pied, pour faire en sorte que les prêts garantis par l’État (PGE) puissent être prolongés dans la durée car on va avoir dans ses exploitations des pertes de recettes », a-t-il ajouté, sans donner d’éléments chiffrés. Sur le court terme, « on a besoin de disposer très rapidement d’un état des lieux pour activer les dispositifs, a-t-il poursuivi. On a un événement très violent sur de très nombreux départements mais dans des zones localisées. On va faire au cas par cas. »

Assurant de « la mobilisation de l’État », le nouveau ministre est également revenu sur le nouveau dispositif de l’assurance récolte, qui s’appliquera à partir du 1er janvier 2023. « C’est le doublement du budget passant de 300 à 600 millions d’euros, qui permettra à plus d’agriculteurs de s’assurer. »

Du côté de la prévention, « il faut qu’on travaille à des systèmes qui permettent d’amoindrir les effets des phénomènes tempétueux (face) au dérèglement climatique qui produit des événements plus réguliers et plus puissants », a-t-il estimé.

« Entre 50 % et 100 % de pertes »

Sur l’exploitation viticole visitée par le ministre, les rameaux tendres ont été brisés, les feuilles et premières grappes de raisin hachées et pour certaines noircies. « La grêle a duré cinq minutes dont trois de grêle sèche, sans eau, ce qui a tout déchiqueté, se désole la propriétaire, Nadège Impériale. C’est très dur psychologiquement. » Les deux tiers du domaine de 120 hectares, qu’elle cogère avec sa sœur Laurence, sont touchés, avec « entre 50 % et 100 % de pertes ».

« C’est une catastrophe. Ici, on n’est pas à Saint-Émilion, on ne claque pas des doigts pour vendre notre vin », souligne un autre viticulteur, Christophe Porcher, qui vinifie 35 hectares en bio, « dont dix entièrement ravagés ».

En visite dans une autre exploitation du Gers à Castelnau-d’Auzan-Labarrère, Marc Fesneau y a pointé la « double, voire triple peine », avec des calamités qui provoquent « une perte de récolte, une récolte moyenne l’année suivante puis une perte de marché parce qu’on n’est pas capable de fournir ».

Pour le président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux Bernard Farges, l’annonce de l’étalement des PGE était « urgente ». « Ce qui est venu sauver les entreprises ne peut pas être aujourd’hui la source de leur chute. Ce serait les amener à la faillite si elles devaient rembourser maintenant », a-t-il prévenu.

Une « vraie catastrophe »

L’orage intense qui a traversé la France a été une « vraie catastrophe » pour l’agriculture, la grêle ayant touché aussi bien des vignes, des cultures de céréales que des bâtiments, a souligné Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA.

« Ce sont des grêlons de la taille d’une balle de tennis, donc très, très lourds et qui tombent dru, décrit Christiane Lambert ce 7 juin 2022 à Léa Salamé sur France Inter. Ce sont des dégâts dramatiques, les feuilles sont hachées menu. Une tige de blé, c’est très fragile. Un petit plant de maïs qui fait 10 cm de hauteur, c’est très fragile. Mais c’est aussi des arbres énormes qui ont été couchés, qui cassent les clôtures, les troupeaux s’échappent. On a vécu un cauchemar. C’est vrai que ça ne dure que 10 minutes, mais ça détruit tout sur son passage. »

Les baisses de charge annoncée par Marc Fesneau seront-elles suffisantes ? « Il va déjà falloir identifier qui va pouvoir en bénéficier, prévient Christiane Lambert. Dans un même département, certains agriculteurs sont touchés, d’autres pas. Les couloirs “grêlifères” sont très localisés. Nous en sommes à l’identification des dégâts. Ensuite, il y a la panoplie qu’il a annoncé pour ceux qui seront les plus touchés. Ce ne sera certainement pas suffisant. Déjà l’année dernière, un milliard pour compenser le gel qui en avait coûté quatre milliards. Ce n’est jamais suffisant une compensation. Mais ça permet de tenir à bout de bras les exploitations. »

Recenser les dégâts

D’importants dégâts ont été relevés à travers la France après le passage de cet orage intense, avec plus de 40 départements touchés, allant de la Bretagne au Gers et aux Landes en passant par l’Indre-et-Loire ou l’Allier.

Dans l’Allier, par exemple, sur la commune de Boucé, la grêle tombée samedi soir a haché les feuilles de cette parcelle de maïs et cassé des pieds.

À Boucé toujours, comme le maïs, le blé a souffert de l’orage de grêle.

Dans les Yvelines aussi, l’épisode de très forte précipitation avec de la grêle aura des conséquences sur la récolte.

15 vaches foudroyées

La foudre a aussi frappé les animaux : dans le Cantal, 15 vaches prim’holsteins, sur un troupeau de 70 têtes, ont été retrouvées mortes dimanche matin dans une ferme de Saint-Georges, au moment de la traite, rapporte La Montagne.

« On a entendu un gros coup de tonnerre dans la nuit, un seul, puis il s’est mis à pleuvoir, a raconté Marie-Jeanne Dufayet, associée avec sa sœur et son frère dans l’exploitation. Les vaches sont visiblement tombées d’un coup, elles étaient sous l’arbre jouxtant l’étable, où elles avaient l’habitude de se regrouper quand il fait chaud. »

Éric Roussel, avec l’AFP