Parmi les premières à réagir aux annonces de Julien Denormandie ce 21 mai 2021 sur le plan stratégique national, la FNSEA est globalement satisfaite. Le syndicat attend maintenant les arbitrages sur les écorégimes, c’est-à-dire les programmes du premier pilier rémunérant les pratiques agroécologiques, ou encore sur les aides couplées et les MAEC zones intermédiaires. Cette absence de précision empêche le syndicat d’avoir « une vision globale des ambitions portées par le gouvernement ».

Ça reste « une réelle inquiétude pour les agriculteurs. Il est essentiel de poursuivre la recherche d’un dispositif pragmatique au regard de la part très importante que représenteront ces aides du premier pilier », espère la FNSEA. Le syndicat est déçu du faible budget consacré à la gestion des risques « mais nous avons bien entendu Emmanuel Macron qui s’est engagé à engager sur ce point la solidarité nationale. »

« 25 % du premier pilier, ce n’est pas insuffisant »

Toutefois, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, est rassurée par le montant annoncé sur les écorégimes : « On ne peut pas dire que 25 % du premier pilier, c’est insuffisant ! Après l’écoconditionnalité, c’est encore un gros effort des agriculteurs. En revanche, nos premiers calculs montrent que 20 % des agriculteurs ne pourraient pas y avoir accès. Il faut que les conditions, qui restent à discuter, permettent à tous d’y entrer pour faire évoluer efficacement les pratiques. »

Pour l’instant, les premiers arbitrages vont dans le sens de rendre supportables les objectifs de cette réforme de la politique agricole commune. Plus précisément, il est, aux yeux de la FNSEA, incontestable que « la mise en œuvre d’un plan protéines, ainsi que la possibilité de renforcer la structuration des filières par des programmes opérationnels sont deux orientations majeures pour la reconquête de souveraineté alimentaire. »

La trajectoire de convergence à 85 % est saluée par la FNSEA qui juge ce seuil « raisonnable » parce qu’il représente la moitié du chemin. De même, le maintien d’un transfert de 7,53 % entre les deux piliers de la Pac et la préservation d’une enveloppe de 1,1 million d’euros pour l’ICHN sont jugés comme « un engagement important pour la préservation du revenu des agriculteurs. »

Jeunes Agriculteurs salue l’effort pour l’installation

Jeunes Agriculteurs se réjouit de l’effort supplémentaire qu’a annoncé le ministre en faveur de l’installation : « Le ministre alloue un budget Feader de 117 millions d’euros pour l’installation. Nous saluons cette augmentation. Il est désormais nécessaire de compléter au même niveau par les contributions nationales (État et Régions). » Le syndicat des jeunes se félicite aussi de l’augmentation de 50 % des montants alloués aux paiements JA et du maintien de l’ICHN.

Néanmoins, Jeunes Agriculteurs se montre déçu des ambitions affichées par Julien Denormandie et de son « objectif de stabilité, reposant sur des outils vieillissants, limite les ambitions auxquelles nous étions attachées notamment en termes de convergence et de redistribution des aides.

« Le choix de la stabilité » pour la Coordination rurale

Pour la Coordination rurale, « le ministre a fait le choix de la stabilité » : « nous sommes soulagés par les arbitrages qui sont satisfaisants », réagit le syndicat dans un communiqué. Il y voit des choix qui ne bouleverseront pas les revenus des agriculteurs « tant au sein des filières que des territoires ».

La Coordination rurale se félicite en particulier du statu quo sur le paiement redistributif, sur le taux de transfert à 7,53 % et sur l’ICHN, ainsi que de la limitation de la convergence à 85 %. L’esquisse de la structure des écorégimes est accueillie très favorablement par le syndicat parce qu’il les estime « accessibles et inclusifs ». Deux autres réformes reçoivent un encouragement : la différentiation de l’aide à l’UGB lait et allaitant (Unité gros bétai) ainsi que la réforme de l’assurance récolte.

En revanche, la Coordination rurale attend de voir quel diable se cache dans les détails de la mise en œuvre de l’aide à l’UGB. Le syndicat regrette beaucoup que les aides ovine et caprine n’aient pas été sanctuarisées. Enfin, il trouve intéressant la montée en puissance de l’aide protéines bien qu’il soit réservé sur le doublement de l’aide en fin de programmation.

« Pour une autre Pac » claque la porte

Ces positions tranchent radicalement avec celles des organisations membres de la plate-forme Pour une autre Pac représentées lors de ce Conseil supérieur de l’orientation (CSO) di 21 mai 2021 par la Confédération paysanne et la Fnab, France nature environnement et le WWF France. Celles-ci ont « claqué la porte » en quittant avant son terme la réunion qui se tenait à distance. Un choix motivé par une « grande amertume » et un « profond désaccord » avec les décisions de Julien Denormandie.

Un événement qu’a commenté le ministre lors de sa conférence de presse organisée à la fin de la réunion. « Ce sont des personnes qui étaient dans un texte pré-écrit, dans une organisation théâtrale très programmée. C’est leur droit mais je le déplore, se contredisant avec eux-mêmes dans leur propos, puisque n’ayant pas écouté la complétude de mes arbitrages ». Une position démentie par Loïc Madeline, secrétaire national en charge de la Pac à la Fédération de l’agriculture biologique (Fnab) qui a évoqué « des choix individuels ».

Tout en faisant observer que le ministre n’avait pas répondu favorablement à leurs six demandes rendez-vous jusqu’à hier, ces organisations ciblent Julien Denormandie comme « l’artisan de renoncements irresponsables pour l’emploi agricole, l’environnement et la prise en compte des attentes sociétales ». Par la stabilité qu’il promeut, le ministre « a préféré donner satisfaction aux organisations professionnelles agricoles plus attirées par le confort de l’existant que par l’exploit du changement » selon elles.

Une action le 2 juin pour la Fnab…

« Ces premières annonces n’ont finalement satisfait que les JA, la FNSEA. Il me semble qu’on peut leur face confiance sur cette vision qu’ils portent depuis toujours sur l’avenir, la transition et l’écologie », a ironisé Loïc Madeline. Son organisation a appelé « les paysans et paysannes bio » à se mobiliser le 2 juin 2021, place des Invalides à Paris pour demander la réouverture des arbitrages sur la bio qui vont les mettre, selon elle, « à poil ».

La Fnab s’oppose à l’alignement « des aides à la bio sur les aides à la HVE et l’arbitrage de 70 euros par hectare ». Un arbitrage qui aurait pour conséquence de faire perdre en moyenne 132 euros par hectare et par an aux exploitations en agriculture biologique.

… et en fin de semaine prochaine pour la Conf

Pour Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, « le choix du ministre d’une Pac de stabilité est inconcevable sur la redistribution et irresponsable au niveau des enjeux alimentaires, de revenus, de renouvellement des générations et d’écologie ».

En réaction, le syndicat a annoncé des « actions radicales, de désobéissance et d’occupation » en fin de semaine prochaine pour interpeller Emmanuel Macron. « Parce que la politique agricole c’est une politique alimentaire, sociétale, territoriale et elle ne doit pas être vue et arbitrée seulement par le ministre de l’Agriculture et par le syndicalisme majoritaire ».

Des décisions qui pénalisent les petites structures selon le Modef

Du côté du Modef, ces premiers arbitrages du ministère de l’Agriculture sont pris « au détriment des petites structures » selon un communiqué. Le syndicat regrette notamment « le désengagement de l’État sur le paiement redistributif » qui « restera à 10 % sur les 52 premiers hectares ».

Le syndicat « acte » en revanche « le soutien couplé aux protéines, l’aide couplée au maraîchage, le maintien de l’ICHN, le doublement de l’aide à la conversion bio et l’aide à l’UGB notamment pour aider les éleveurs laitiers ».

Alexis Marcotte, Éric Young et Marie Salset