« Nous n’avons jamais été dans une telle situation de pincement de marge où on est tombé sur des taux de marge qui nous permettent à peine d’assurer le maintien en investissement dans nos entreprises. » Dominique Chargé, président de La Coopération agricole a tiré la sonnette d’alarme ce 29 septembre 2021 lors d’une conférence de presse.

« Nous n’avons jamais eu un contexte d’inflation aussi fort et sur l’ensemble des coûts de nos entreprises, que ce soit les matières premières agricoles, l’énergie, les emballages, la logistique et les matériaux de construction pour les investissements », constate Dominique Chargé.

Une revalorisation de 5 % à 10 % des tarifs fournisseurs

Dans ce contexte économique morose, le président de la Coopération agricole demande, dans le cadre des négociations commerciales qui ouvriront dans un mois avec la grande distribution, une « nécessaire revalorisation de 5 à 10 % des tarifs de l’ensemble des produits alimentaires ».

Le président de La Coopération agricole estime que cela se traduirait dans les rayons par une augmentation des prix à la consommation de « quelques euros par mois pour les ménages » sous condition que la grande distribution veuille bien comprimer ses marges.

La guerre des prix fait toujours rage

« L’alimentation ne peut pas rester la variable d’ajustement du budget des ménages. Ce n’est pas aux distributeurs français par la guerre des prix de gérer la crise sociale, c’est-à-dire par la pression mise sur la rémunération des agriculteurs et les marges des entreprises agroalimentaires », a-t-il ajouté.

Alors que les tarifs fournisseurs ont connu une déflation au cours des trois dernières années, La Coopération agricole constate que les ventes de produits alimentaires en grande distribution ont connu une inflation de 4,21 % entre 2019 et 2021.

« Dans cette augmentation du chiffre d’affaires et de marge sur les deux dernières années, il y a la suractivité liée au Covid mais il y a aussi le relèvement du seuil de revente à perte (SRP), 600 millions d’euros, qui est le seul élément de création de valeur d’Egalim 1 qui devait soi-disant ruisseler sur la chaîne alimentaire et dont aujourd’hui nous n’avons pas vu un euro, ni dans les entreprises agroalimentaires, ni dans les exploitations », appuie Dominique Chargé.

La loi ne peut pas tout pour Dominique Chargé

Et ce n’est pas loi Egalim 2 actuellement en débat qui changera la donne selon le président de la Coopération agricole. « Le contexte réglementaire peut changer les choses mais il ne peut pas tout. Ce qui doit changer c’est le comportement des acteurs et de la façon dont ils sont capables de se responsabiliser sur la prise en compte des hausses des coûts de production dans nos entreprises », a-t-il avancé.

Il a rappelé au passage qu’il n’était pas « fan » du rémunéra-score proposé dans cette loi en le jugeant « discriminant » vis-à-vis des coopératives. Cet affichage sur les produits a pour but de renseigner le consommateur sur la part de rémunération de l’agriculteur dans le prix du produit.

« Il se concentrera exclusivement sur le prix payé à la livraison, explique le président de La Coopération agricole. Or en coopérative, la rémunération se fait au moment de la livraison mais également avec des compléments de prix en fonction de ce qu’est l’activité économique au cours d’une campagne. Et elle se fait aussi par la distribution de ristournes au moment où nous constatons les résultats en fin d’année et d’une redistribution d’une partie de ces résultats vers les adhérents ». La FNPL a déjà eu l’occasion d’exprimer une tout autre vision.

Alexis Marcotte