Au lendemain de l’annonce par Emmanuel Macron le mercredi 28 octobre 2020 d’un nouveau confinement au niveau national, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a précisé au micro de RTL que les marchés couverts et de plein air resteront ouverts. Toutefois, il a prévenu qu’une décision préfectorale pourra y mettre fin « dans le cas où ça ne se passerait pas bien ».

Les syndicats « soulagés »

Une annonce qui satisfait les différents syndicats agricoles. Dans un communiqué de presse daté du 29 octobre 2020, la FNSEA salue « la décision du gouvernement de maintenir, sous conditions d’application stricte des gestes barrières, l’ouverture des marchés “couverts ou de plein vent” sur la période du confinement ». Étienne Gangneron, vice-président du syndicat, estime que « le boulot a été fait par anticipation. On a été écouté. On ne voulait pas revivre l’épisode du premier confinement ».

Un soulagement partagé par la Confédération paysanne qui, la veille de l’allocution du président de la République, exhortait le gouvernement « à ne pas reproduire la même erreur qu’en mars dernier » et donc à maintenir les marchés de plein vent. Nicolas Girod, porte-parole du syndicat, se dit donc dans un premier temps « satisfait » de cette annonce.

À l’instar de la Confédération paysanne, le Modef exigeait lui aussi « le maintien des marchés sur tout le territoire français et surtout les petits marchés de proximité. » Son secrétaire national, Jean-Claude Wailliez, confirme le soulagement de cette décision.

Même son de cloche du côté de la Coordination rurale : « On est satisfait, on est très heureux. On voit qu’il y a du progrès du côté du gouvernement qui a retenu la leçon du premier confinement », réagit Damien Brunelle, vice-président du syndicat.

L’appel à « consommer français » ne fait pas l’unanimité

Le maintien de l’ouverture des marchés couverts et de plein vent, a donné l’opportunité à la FNSEA de lancer « un appel solennel à privilégier une “alimentation d’origine France et de proximité” ». Le syndicat en appelle ainsi à l’« esprit de responsabilité et de patriotisme alimentaire » de chacun et invite tous les acteurs de la filière, agriculteurs, fournisseurs et consommateurs, à tout mettre en œuvre pour « préserver nos capacités de production ».

Un message qui ne fait pas tout à fait écho à celui du Modef. Le secrétaire national Jean-Claude Wailliez s’explique : « Il y a des produits qu’on ne peut pas cultiver en France, donc ça commence à me gonfler le “consommer Français” ! Il faut davantage manger de saison, local. Nous sommes au service des consommateurs, à nous de nous défendre, faisons de la qualité, du local, du départemental et du régional. On a besoin d’ouvrir nos fermes et nos cœurs ! »

« Consommer français, non ! En fruits et légumes on est à 70 % d’importations », ajoute Sébastien Héraud, responsable des fruits et légumes à la Coordination rurale. S’il se dit « satisfait que les marchés de plein air continuent et perdurent pour permettre de manger local », il reste en colère face à la réglementation à laquelle ils sont soumis à la différence de la grande distribution.

Une insatisfaction en demi-teinte

Les quatre syndicats interrogés par La France Agricole sont donc globalement satisfaits de l’annonce du gouvernement. Mais certains regrettent des règles sanitaires jugées toujours plus strictes face à celles de la grande distribution, ou encore le libre arbitre laissé aux préfectures pour maintenir ou non les marchés. Ces « injustices » pourraient pénaliser certaines filières courtes. Ainsi, le Modef, la Confédération paysanne et la Coordination rurale restent prudents et émettent des réserves.

« À travers ces marchés de plein vent, ce qui prime pour nous est la sécurité qu’on offre aux consommateurs face au Covid-19. On prend toutes les précautions nécessaires. On respecte toutes les règles sanitaires. On est prêt, on va mettre tout en place », relate Jean-Claude Wailliez, du Modef. Mais il tempère : « Je reste très inquiet, car on n’est pas pris en considération par rapport à la grande distribution qui se gave, alors que nous, on est en train de mourir. Le gouvernement n’a pas le même discours avec tous ! »

La Coordination rurale confirme : « Il y a des déçus, des aberrations. » Car d’un côté, « certaines filières courtes restent pénalisées, comme celle de la farine, du colza ou encore les pépiniéristes. Le dilemme qu’on retrouve est le fait que dans un supermarché on va pouvoir acheter des produits qui ne sont pas de première nécessité, mais que ce ne sera pas possible sur les marchés de plein vent », déplore son vice-président Damien Brunelle.

D’un autre côté, « ce qui dérange » Sébastien Héraud, responsable en charge des fruits et légumes, est le fait que les municipalités « auront le choix de fermer les marchés ». Mais, plus encore, il s’agace contre les règles sanitaires à suivre pour les maraîchers et le coût financier supplémentaire que cela implique : « Sur les marchés, on nous impose la distanciation sociale, qu’on a, mais on veut nous imposer des barrières et le service, c’est-à-dire que le client ne doit plus toucher les fruits et légumes. Or, pour respecter cela, on doit mettre une ou deux personnes en plus sur les étals, c’est donc un coût en plus ! » En résumé, « même si on nous laisse travailler, on nous laisse travailler sous des conditions qui sont des distorsions commerciales. Le gouvernement a légiféré pour donner toute la légitimité à la grande distribution et c’est inadmissible. »

Permettre aux producteurs et productrices de maintenir une activité

Selon Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, le maintien des marchés doit « permettre en premier lieu aux producteurs et productrices de maintenir une activité et de ne pas être mis en difficulté par les restrictions sanitaires. Et en deuxième lieu, cela doit permettre aux consommateurs de ne pas limiter leurs choix pour leur alimentation à la grande distribution. »

Néanmoins, cela n’empêche pas le syndicat de rester sur ses gardes : « Maintenant, il faut aussi que ça embraye au niveau des préfectures, car il y en avait déjà qui restreignaient la tenue de certains marchés, comme en Ardèche, lors du premier confinement. On reste en alerte malgré tout, car les territoires et les préfectures peuvent prendre des mesures contraignantes. »

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Oriane Dieulot