Le CGAAER, centre d’étude du ministère de l’Agriculture, s’est intéressé à l’organisation du marché du matériel agricole, et aux coûts de mécanisation dans les exploitations françaises (téléchargez le rapport complet sur les charges de mécanisation des exploitations agricoles). Trois systèmes sont passés au crible :

  • Les exploitations céréalières,
  • Les exploitations laitières,
  • Les élevages de viande bovine.

En résumé : les charges de mécanisation représentent un poste conséquent des coûts de production (un tiers en céréales). Elles sont très variables d’une structure à l’autre, et directement liées à la conjoncture.

Dans cette étude, les charges de mécanisation regroupent le coût comptable (amortissement, entretien, carburants, lubrifiant du matériel, frais financiers liés aux emprunts), les prestations par tiers (Cuma, entreprise) ainsi que la main-d’œuvre directe (entretien, conduite).

En céréales, de 400 à 540 €/ha selon les années

Les charges de mécanisation sont liées à la conjoncture, démontrent les auteurs. Il y a un avant et un après la mauvaise récolte de 2016. En effet, entre 2002 et 2015, les charges de mécanisation augmentent de 407 €/ha à 541 €/ha. « Cette progression intervient dans un contexte de progression des revenus et doit être analysée comme étant liée à la recherche de solutions fiscales permettant de réduire le revenu imposable », souligne l’étude. De fait, à partir de 2016, on observe une décrue des charges de mécanisation (464 €/ha en 2019) et une baisse des cotisations sociales.

Autre phénomène notable : une progression régulière du nombre d’exploitations qui délègue partiellement ou totalement leurs travaux.

> Notre dossier à lire : La délégation de travaux, une pratique en plein essor (09/04/2021)

Une autre étude citée dans le rapport met en avant des charges du simple au double à l’hectare sur des exploitations céréalières comparables, allant de 256 €/ha à 535 €/ha. Rapportées à la tonne produite, les charges de mécanisation vont de 40 à 80 € la tonne.

En lait, une progression en lien avec l’intensification

Entre 2007 et 2017, les charges de mécanisation des élevages laitiers progressent de 457 €/ha à 611 €/ha (d’après une étude de Cerfrance Brocéliande), soit un tiers de plus en dix ans. À mettre en lien avec l’intensification de la production (augmentation de quota de 75 % et de surface de 31 %) et la présence de plusieurs ateliers, un végétal et un animal, qui requiert davantage d’équipements.

En viande, de grands écarts

Le rapport s’appuie sur les travaux de l’Idele, qui confirment la variabilité de la charge de mécanisation dans les systèmes de bovins à viande. Rapporté au kilogramme produit, ce coût varie de 243 € à 586 € pour 100 kg de viande, soit du simple au double.

L’investissement est rarement construit autour d’une méthode de projetRapport du CGAAER

Les auteurs ont cherché à comprendre comment les agriculteurs raisonnaient leurs investissements et sur quels outils d’aide à la décision ils pouvaient s’appuyer.

Résultat : « Les échanges menés ont révélé une quasi-absence d’outils mis à la disposition des agriculteurs. L’investissement fait le plus souvent l’objet d’une étude financière en réponse à une demande de la banque, mais il est rarement construit autour d’une méthode de projet au sens d’une étude d’opportunité », relève l’étude, qui avance plusieurs raisons à cela :

  • Une perte de compétences en conseil en agroéquipement (hormis dans les Cuma), et peu de demandes de conseil de la part des agriculteurs ;
  • La recherche d’optimisation fiscale et sociale ;
  • Des offres de financement développées par les banques et les constructeurs (prêts Agilor par exemple), qui jouent sur la rapidité et la simplicité. Sans compter les politiques publiques qui encouragent l’investissement (plan de relance, plans de compétitivité).

Au risque de favoriser le surinvestissement.

Sophie Bergot