« On avait planifié de signer cet accord il y a trois jours, on le signe aujourd’hui », a commenté Justin Trudeau, le Premier ministre canadien venu parapher l’accord à Bruxelles. « Ça ne fait pas une énorme différence dans l’impact économique que ça va avoir pendant des décennies, de façon positive, sur tous nos citoyens. »

Convaincre de l’intérêt du libre-échange

« Il nous faut être capables de convaincre nos citoyens que le libre-échange est dans leur intérêt, et pas seulement dans celui des grosses entreprises », a plaidé à ses côtés Donald Tusk, le président du Conseil de l’UE, laissant le soin à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, de régler quelques comptes avec les opposants au Ceta.

« J’étais quelquefois vexé qu’on ait pu penser, en Europe, que nous sacrifierions sur l’autel de cet accord les droits des travailleurs, a observé Jean-Claude Juncker. Je trouve impertinent qu’on s’imagine que les principaux représentants du monde démocratique seraient en train de menacer la démocratie. »

La peur des tribunaux privés

Le Ceta vise essentiellement à supprimer les droits de douane. Devenus porte-voix des opposants, les Wallons redoutaient ses conséquences sur leur agriculture, le droit du travail et les normes environnementales. Ils s’inquiétaient surtout de la possibilité laissée à une multinationale d’attaquer un État qui adopterait une politique publique contraire à ses intérêts.

Pas question de laisser un tribunal privé arbitrer ces différends, ont répété les anti-Ceta wallons, exigeant des garanties. Un « compromis à la belge » est finalement tombé jeudi : de minces avancées, dont l’annonce par la Belgique qu’elle demandera à la Cour de justice de l’UE de vérifier la conformité de ce tribunal avec le droit européen.

L’épreuve des Parlements nationaux

Mais « la substance du traité n’a aucunement changé », a insisté dimanche Jean-Claude Juncker.

« Quelle patience ! », a-t-il ensuite lancé à l’arrivée de Justin Trudeau, peu après midi, au siège du Conseil. « Les choses difficiles sont difficiles, mais on a pu réussir », lui a répondu le Canadien, prêt depuis des jours à sauter dans l’avion.

Le traité doit maintenant être ratifié par le Parlement européen, sans doute en décembre ou en janvier, et celui du Canada avant d’entrer en application partielle et provisoire. L’UE fera alors face à une autre montagne : la nécessaire ratification par les différents Parlements nationaux et régionaux de ses États membres, afin qu’il devienne définitif.

Une application provisoire

« Après les dernières semaines, nous devons être très prudents, a concédé Donald Tusk. Mais je suis sûr que l’application provisoire du traité sera la meilleure forme d’éducation », a-t-il ajouté, assurant que le Ceta était « l’accord de libre-échange le moins controversé qu’on puisse imaginer. »

« Une grande majorité des peuples européens sont favorables au libre-échange, a renchéri Cecilia Malmström, la commissaire européenne au Commerce. Nous devons nous engager dès le début avec les citoyens pour expliquer, écouter leurs inquiétudes, les amener à la table des négociations et s’assurer qu’il y ait plus de transparence et d’implication. »

Valls salue un « accord équilibré »

Le Premier ministre français a salué la signature d’un accord « équilibré, un libre-échange maîtrisé. De nouvelles opportunités respectant nos préférences sociales, environnementales : le #CETA, un accord équilibré, un libre-échange maîtrisé », a écrit Manuel Valls sur son compte Twitter, alors qu’il était en déplacement en Afrique de l’Ouest.

Ces propos ne rassurent pas la Coordination rurale. Le 28 octobre 2016, dans un communiqué de presse, elle déplorait « que le Parlement wallon ait été contraint de céder aux nombreuses pressions dont il était l’objet. […] Pour l’agriculture, ce déblocage est un très mauvais signe : tant les agriculteurs canadiens qu’européens ont tout à perdre de l’adoption du Ceta, d’autant que nombre d’entreprises américaines ont des filiales au Canada. »

« Le cheval de Troie des Américains »

L’organisation française voit le Ceta comme « le cheval de Troie des Américains pour obtenir de l’UE ce qu’ils ne parviennent pas à avoir avec le Tafta (traité de libre-échange en cours de discussion avec les États-Unis).

« Au lieu de protéger nos agriculteurs et leurs productions, nos appellations et labels de qualité, nos terroirs et nos savoir-faire, nos gouvernements ont préféré rallier la position des idéologues du libre-échange aveugle et irresponsable qui transforment les agriculteurs canadiens et européens en gladiateurs luttant entre eux pour tenter de survivre », regrette Bernard Lannes, le président de la Coordination rurale.

Avec l’AFP