« Cette guerre commerciale n’est dans l’intérêt de personne et j’appelle nos amis américains à revenir à la sagesse, à la raison », a affirmé le ministre des Finances Bruno Le Maire sur France Inter. Les propos du ministre participent d’une offensive française pour convaincre l’administration Trump de ne pas sanctionner une nouvelle fois les produits français en représailles contre la taxe sur le numérique.

Sur tous les fronts

La France est déjà touchée, comme d’autres pays européens, par les taxes punitives décrétées par Washington en réplique aux subventions accordées à Airbus. Au dernier jour de consultation aux États-Unis sur d’éventuelles taxes douanières sur des produits français, Bruno Le Maire a prévu d’appeler son homologue américain Steven Mnuchin et a également écrit une lettre, au représentant au Commerce de l’administration Trump (USTR), Robert Lighthizer.

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Robert Lighthizer reçoit jusqu’à ce soir les commentaires écrits du secteur, et tiendra mardi une réunion publique, pour examiner les demandes d’exemptions. « Si les Américains décident […] de mettre des sanctions contre la taxation du digital, alors même qu’ils étaient pour cette taxation […], nous riposterons », a prévenu Bruno Le Maire, qui menace de saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de demander l’intervention de l’Union européenne.

Des ripostes commerciales

« Je verrai demain le commissaire européen au Commerce Phil Hogan et nous étudierons avec lui la possibilité de ripostes commerciales », a-t-il assuré, appelant les États-Unis à chercher une solution mondiale dans le cadre des négociations actuelles à l’OCDE. Il y a un an, les États-Unis avaient relancé les négociations sur la taxation du numérique au sein de l’OCDE (1), mais ils ont posé en décembre des conditions rejetées par la France.

Le commissaire, qui rencontrera donc le ministre français mardi matin à Bercy, se rendra du 14 au 16 janvier à Washington pour y rencontrer Robert Lighthizer « et d’autres interlocuteurs américains », a indiqué la Commission dans un communiqué. « L’Union européenne va agir et réagir dans cette matière et toute matière connexe comme une seule entité », a assuré son porte-parole.

Bruno Le Maire a invité Washington « à travailler à un compromis à l’OCDE et à éviter une montée aux extrêmes qui ne profitera à personne ». Dans sa lettre à Robert Lighthizer, le ministre français a réitéré le message qu’il répète depuis la décision française il y a un an de taxer les entreprises du numérique, en soulignant qu’elle ne visait pas exclusivement les géants américains Google, Apple, Facebook et Amazon, connus sous l’acronyme Gafa (2).

« Notre taxe n’est pas discriminatoire »

« Je me permets d’insister pour dire que notre taxe n’est pas discriminatoire à l’égard des entreprises américaines, a-t-il écrit. Je maintiens fermement qu’elle respecte totalement le principe d’équité et de non-discrimination de l’OMC. » L’administration Trump a menacé il y a un mois de surtaxer « jusqu’à 100 % » l’équivalent de 2,4 milliards de dollars de produits français.

Sont ainsi visés le champagne, plusieurs types de produits laitiers dont l’emblématique roquefort, les sacs à main en cuir, les cosmétiques, la vaisselle en porcelaine ou encore les articles de cuisine en fonte, à savoir les célèbres cocottes fabriquées notamment par les entreprises hexagonales Le Creuset et Staub.

Si les États-Unis concrétisent leurs menaces, il s’agirait d’un deuxième train de sanctions douanières touchant la France : dans la longue bataille juridique autour des subventions accordées à Airbus, l’administration Trump a commencé à la mi-octobre à appliquer des taxes punitives s’élevant à 10 % sur les avions européens, et à 25 % sur divers produits alimentaires de l’Union européenne dont le vin français.

AFP

(1) Organisation pour la coopération et le développement économiques.

(2) La taxe française impose les géants du numérique à hauteur de 3 % du chiffre d’affaires réalisé en France.