Ce n’est un secret pour personne : le vieillissement de la population des éleveurs de vaches allaitantes, entamé au début des années 2000, génère aujourd’hui des flux de départs à la retraite importants. Les incidences sur les cheptels à court et moyen terme sont évidentes. « En France, 39 % des vaches allaitantes sont élevées par au moins un coexploitant âgé de plus de 55 ans », explique Christophe Perrot, agroéconomiste à l’Institut de l’élevage (Idele), à l’occasion de la huitième édition Grand Angle Viande, le mardi 9 novembre 2021. Le nombre d’actifs s’érode d’environ 2 % chaque année.

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« L’élevage allaitant traverse un virage important », réagit Philippe Dumas, insistant sur la nécessité de l’ensemble des acteurs de la filière de se mettre en quête de solutions. Pour le président du groupe Sicarev et les autres intervenants de la table-ronde, la sécurisation de la production française de viande bovine et l’attractivité du métier d’éleveur résonnent comme deux enjeux forts.

Des signaux de marché positifs

Alors qu’en moyenne, un éleveur sortant sur six en France ne trouve pas de repreneur, Dominique Guineheux, directeur des achats de bovins au sein du Groupe Bigard, insiste sur l’importance de communiquer sur les savoir-faire du monde de l’élevage et de l’industrie de la viande. « La consommation française de viande bovine se tient, malgré les messages destructeurs colportés », note-t-il.

Dans la perspective d’une conjoncture plus favorable cette année, Cédric Mandin, secrétaire général de la Fédération nationale bovine, confirme que les éleveurs de bovins à viande sont « encore motivés mais qu’ils ne pourront continuer à travailler et financer leurs ateliers sans perspectives à plus long terme ». « Nous avons les animaux, les ressources fourragères et la capacité à produire sur notre territoire mais la notion de sécurisation est primordiale », reprend-il.

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Préparer « mentalement » les cédants à la transmission

Pour Béatrice Eon de Chézelles, responsable des filières animales à la direction de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Crédit Agricole, l’accompagnement des cédants et des candidats à la reprise est essentielle, sans oublier l’apport de financements à consolider via des partenariats.

En effet, les capitaux à investir et les charges financières qui en découlent restent un frein à l’installation. « Et si l’étalement des annuités fait partie des solutions proposées aux jeunes, elle constitue aussi une opportunité pour le cédant de proposer un prix plus élevé à la vente », prévient Béatrice Eon de Chézelles. Philippe Dumas évoque également l’importance de préparer en amont les cédants à la succession de leur système, car trop souvent, ces derniers ont du mal à accepter les modifications apportées par le repreneur.

Un modèle incompatible aux installations de courte durée

Il reste une équation que la filière n’a pas encore réussi à résoudre : d’une part, les installations de chefs d’exploitation de bovins à viande sont de plus en plus tardives avec 22 % à plus de 40 ans (hors transferts entre époux) en 2017 et 2018, d’après la MSA et BDNI.

D’autre part, « les candidats à l’installation, notamment ceux non issus du milieu agricole, ne se voient pas passer toute leur carrière en tant qu’exploitant agricole », évoque Emmanuel Béguin, en charge du service de l’approche sociale et du travail en élevage à l’Idele. Or, « la valeur terminale de l’entreprise sur sept ou huit ans est encore peu visible dans le cas d’un système bovin viande », explique Béatrice Eon de Chézelles.

De même, l’équilibre entre la vie professionnelle et privée ainsi que la rémunération font partie des attentes fortes des nouveaux installés, deux points qui posent des difficultés dans le secteur allaitant.

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Lucie Pouchard

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Recul de la demande

Les abattoirs ont réduit leur activité notamment sur les races à viande. L’ambiance est calme sur les marchés. Seule la modestie de l’offre permet de maintenir les prix.