Si, à ce jour, aucune étude scientifique n’a établi un lien de causalité direct entre la proximité d’une ligne électrique et la santé des animaux, les nombreux témoignages en provenance des fermes amènent à penser qu’une concomitance entre l’installation d’infrastructures d’énergie ou de télécommunication et l’apparition de troubles comportementaux chez les animaux existe.

Après l’audition publique organisée le 18 février dernier, le rapporteur Philippe Bolo a remis ses conclusions sur l’impact des champs électromagnétiques sur la santé des animaux d’élevage à Julien Denormandie au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Les propositions avancées poursuivent trois objectifs : une meilleure connaissance des phénomènes et de leurs origines, une prévention systématique des difficultés et une gestion plus efficace des problèmes rencontrés par les agriculteurs.

« La science a ses limites »

« L’impact des champs électromagnétiques sur la santé des animaux d’élevage reste un sujet très mal connu, alors qu’il peut conduire à des situations dramatiques, à la fois en termes économiques et humains », indique Philippe Bolo, député du Maine-et-Loire.

L’Office, qui a reconnu les « limites actuelles de la science » pour expliquer les origines des troubles de comportement des animaux, préconise une investigation scientifique plus poussée à travers trois axes :

  1. Définir un cadre de recherche

    L’Opecst propose de définir un cadre de recherche dans les secteurs où les manques de connaissances ont été identifiés comme les effets des ondes électromagnétiques sur les animaux, la nature des courants parasites en élevage, leurs effets sur les comportements et les performances, la pertinence des seuils de perception des animaux et leur adéquation avec les normes électriques actuelles, ou encore l’influence de l’eau et de la géologie dans la circulation des courants électriques dans les sols et le sous-sol ;

  2. Expérimenter sur le terrain

    L’Office recommande aussi de réaliser, en coopération avec les éleveurs concernés, des expérimentations dans les exploitations connaissant des difficultés, en apportant un soin particulier au protocole mis en place pour effectuer les mesures.

  3. Mettre en place un observatoire

    Les parlementaires appellent aussi à la mise en place d’un observatoire national pour inventorier, caractériser et documenter les exploitations concernées par des difficultés supposées imputables aux champs électromagnétiques.

La géobiologie a son rôle à jouer

Dans son rapport, le parlementaire Philippe Bolo recommande une prévention systématique des difficultés rencontrées par certains élevages. Pour ce faire, il préconise de :

  • Généraliser la réalisation de diagnostics géologique et électrique avant la construction de bâtiments d’élevage et/ou leur réaménagement, mais également avant l’installation d’infrastructures électriques ou de télécommunication (réseaux électriques, éoliennes, panneaux photovoltaïques, antennes relais de téléphonie mobile). « Afin de gagner en légitimité, la profession de géobiologue cherche à se structurer, notamment pour écarter ceux qui s’en revendiquent dans une démarche mal intentionnée », précise le rapport ;
  • Sensibiliser les chambres d’agriculture et renforcer leurs compétences afin de pouvoir informer les agriculteurs et, le cas échéant, les conseiller si apparaissent des difficultés qui semblent liées à l’impact de champs électromagnétiques.

Accompagner les éleveurs face aux difficultés

Si le nombre d’exploitations affectées par les effets des champs électromagnétiques reste encore flou, « les conséquences s’avèrent dramatiques pour les éleveurs lorsque les origines des troubles de comportement des animaux restent inexpliquées », soutient Philippe Bolo.

« La plupart sont contraints à une liquidation judiciaire de leur exploitation après de longues années de lutte sans avoir pu véritablement comprendre et remédier aux causes de la détérioration de la santé et des performances de leur élevage », ajoute-t-il.

Une gestion plus efficace des problèmes rencontrés par les agriculteurs apparaît donc nécessaire. L’élu recommande notamment de :

  • Accélérer la prise en compte des problèmes exprimés par les éleveurs et, dans les cas les plus difficiles, leur apporter une solution de sortie de crise, à travers par exemple l’extension des missions du fonds de mutualisation du risque sanitaire et environnemental ;
  • Faire évoluer le statut du groupe permanent pour la sécurité électrique en milieu agricole (GPSE) afin de garantir son indépendance et augmenter son budget autonome d’intervention ;
  • Accélérer la structuration du métier de géobiologue en instaurant une obligation de formation et le respect d’un code de déontologie à l’instar de celui édicté par la Confédération nationale de géobiologie.

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Les moyens financiers restent à trouver

Alors que toutes les parties prenantes s’accordent sur la nécessité d’engager des recherches plus approfondies, les financements restent le facteur limitant. « Au cours de l’audition publique, le ministère de l’Agriculture a été interpellé sur le sujet du financement de la recherche », informe le rapport.

Emmanuel Bert, adjoint au chef du bureau du lait, produits laitiers et sélection animale au ministère de l’Agriculture, a « estimé que certains outils financiers, notamment dans le cadre du plan de relance du gouvernement, pourraient être utilisés à cette fin ».

« Il serait utile que le GPSE se rapproche du ministère de l’Agriculture afin que nous recherchions ensemble des moyens et des outils financiers pour réaliser les études proposées », avait-il soutenu à l’audition publique en février.

Lucie Pouchard