Après avoir été refusé aux portes de la Turquie pour cause de suspicion de fièvre catarrhale ovine (FCO), l’équipage du cargo bétailler L’Elbeik a longé les côtes de la mer Méditerranée sans trouver de destination prête à acheter les 1 776 bovins à son bord. Trois mois plus tard jour pour jour, le bateau revient à son point de départ, en Espagne.

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Le 16 mars 2021, les autorités espagnoles avaient ordonné au navire d’accoster à Carthagène pour procéder à une inspection de l’état de santé et du bien-être des animaux. Ce lundi 22 mars 2021, elles n’ont pas encore tranché sur leur sort final.

Après trois mois à la recherche d’un autre pays de destination le long des côtes turques, chypriotes, égyptiennes et italiennes, le bateau L’Elbeik s’est amarré, le jeudi 18 mars 2021 au soir au port de Carthagène, en Espagne. © Welfarm

Les ONG vent debout contre une réexpédition des animaux

D’après un communiqué publié par Welfarm le 19 mars 2021, « l’Elbeik reste à cette heure fermement décidé à réexporter ses animaux vers la Libye ». Selon l’ONG Eurogroup for Animals, « des sources du navire assurent que le ministère espagnol de l’Agriculture n’a pas répondu à leurs demandes répétées de délivrance de nouveaux certificats sanitaires, nécessaires à la revente. »

De leur côté, les deux ONG réclament aux autorités espagnoles l’abattage des bovins dans les plus brefs délais. « Après l’enfer que ces animaux ont subi, la simple idée qu’ils repartent en mer est révoltante », souffle Adeline Colonat, chargée de mission pour les transports à Welfarm.

Pour rappel, les 895 veaux partis à la même date à bord du cargo Karim Allah, refoulés par la Turquie pour les mêmes raisons sanitaires en décembre, ont été euthanasiés à leur retour au port de Carthagène, le 22 février dernier. « Les animaux du Karim Allah avaient été déclarés inaptes à reprendre le transport », reprend Welfarm.

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Les bovins dans l’attente d’être examinés

Le règlement européen CE/2005 sur le transport exige que les animaux soient déclarés par les services vétérinaires « aptes au voyage » (art. 3 (b)). « Après tant de mois de confinement dans un navire sans soins vétérinaires et avec une pénurie d’aliments, il est très probable que le bien-être de ces animaux soit sérieusement compromis », estime Eurogroup for Animals.

Les ONG, qui se sont procurées des extraits filmés des bovins à bord de l’Elbeik mercredi dernier, rapportent que 179 animaux sont déjà morts. Sur les quais de Carthagène, l’unité mobile d’abattage est toujours en place.

Les autorités espagnoles pointées du doigt

Alors que le périple des veaux à bord des deux cargos fait déjà du bruit depuis plusieurs semaines, les ONG dénoncent un autre scandale. Elles affirment qu’un mail envoyé par les autorités turques le 21 décembre dernier a prévenu les autorités espagnoles, trois jours après le départ du Karim Allah, que le cargo serait refusé à son arrivée en Turquie en raison de la provenance du bétail d’une région espagnole où des cas de FCO auraient été répertoriés.

Devant de telles preuves, les ONG reprochent aux autorités espagnoles leur immobilisme. Selon une lettre officielle datant du 18 février diffusée par les associations de protection animale, ce sont les services vétérinaires italiens qui ont alerté la Commission européenne, alors que le bateau Karim Allah se trouvait sur ses côtes. « À cette date, les deux navires erraient en Méditerranée depuis deux mois déjà », souligne Welfarm.

Dans ce même courrier, la Commission européenne indique être « depuis lors en contact étroit avec les autorités sanitaires espagnoles », avant d’ajouter que Bruxelles « enquêtera sur cette affaire et envisagera tout suivi nécessaire concernant les conditions d’exportation de ces animaux, afin de déterminer clairement qui est responsable de ce qui s’est passé et s’il y a des leçons à tirer. »

Lucie Pouchard
Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

La demande de fin de mois se replie

Bien que le week-end prolongé de l’Ascension soit une période favorable à la consommation, le commerce pâtit d’un repli de la demande sur cette fin de mois. Les ménages, qui voient leur pouvoir d’achat impacté par l’inflation, se reportent davantage sur des produits bon marché comme le steak haché. Cela conduit à un rétrécissement annoncé des fourchettes de prix entre les réformes laitières et les races à viande d’entrée de gamme.