Créée il y a un an et neuf mois, la Fevao, Fédération des viandes AOP (1) (appellation d’origine protégée) de France, réunit des éleveurs qui partagent une même passion pour leur race, leur territoire et leur savoir-faire ancestraux. Fiers de leur culture, ils affichent une même résistance aux modes et aux normes venues d’en haut.

Ne pas empiler les certifications

Ils ne veulent pas se laisser entraîner vers des logiques, telles que la HVE (haute valeur environnementale) plus adaptées, selon eux, au monde végétal ou « poussées par les industriels ».

Plutôt que de rajouter à leur AOP, des certifications supplémentaires (HVE ou bio) comme le souhaitait initialement le ministère d’Agriculture, ils ont saisi la proposition de l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité) d’étoffer leurs cahiers des charges avec des mesures spécifiques.

« Outre le maintien d’un seul plan de contrôle pour les producteurs, l’avantage de cette démarche est ne pas rajouter de la confusion supplémentaire pour les consommateurs déjà perdus dans un brouillard de signes de qualité et de labels », pointe Michel Oçafrain, le président de la Fevao et responsable de l’ODG, organisme de défense et de gestion du jambon Kintoa AOP.

Des liens forts entre les viandes AOP et leurs territoires

« Basé sur le lien entre l’homme, l’animal et son territoire, le concept d’appellation d’origine protégée est construit sur les notions même de durabilité », poursuit-il. Il estime en effet que « grâce à la valeur ajoutée apportée au produit » les viandes AOP favorisent « le maintien d’exploitations à taille humaine, des circuits de proximité avec des temps de transport limités et des pratiques vertueuses qui vont dans le sens de la préservation de l’environnement, du bien-être animal et des attentes sociétales ».

Pour appuyer ses propos, il précise que « la sauvegarde des races locales » est « l’un des points forts » de leurs cahiers des charges. De plus, il juge que ma variété d’espèces florales des prairies permanentes est entretenue « par des chargements limités à l’hectare » qui favorisent ainsi la biodiversité de ses systèmes d’élevage. « Le maintien des haies contribue à pérenniser et à réguler la ressource en eau, etc. », insiste le président de la Fevao.

Des pistes d’amélioration à explorer

Certains aspects, encore insuffisamment présents, pourraient faire l’objet de mesures spécifiques. « Alors que les volailles AOP de Bresse sont déjà élevées sans antibiotiques (2), précise notamment Pierre-Emmanuel Forest, trésorier de la Fevao, l’utilisation de vermifuges phytothérapiques au lieu de molécules chimiques, pourraient être préconisés. »

Pour identifier le travail à réaliser, la Fevao a demandé à une étudiante ingénieure de l’ESA d’Angers de passer au crible les contenus des onze cahiers des charges des AOP carnées. Ses conclusions ont été débattues le 10 septembre 2021 à Saint-Christophe-en-Brionnais (Saône-et-Loire) lors de quatre ateliers (Bien-être de l’environnement, des Femmes et des Hommes, de l’animal, et des territoires, valorisation patrimoniale) organisés à l’occasion de l’assemblée générale de la Fevao.

Anne Bréhier

(1) Les AOP carnées représentent une production de 4 600 tonnes de viande toutes espèces confondues produites dans 770 exploitations réparties sur 29 départements avec chiffre d’affaires de 30 millions d’euros en 2020.

(2) Sauf en cas d’accident sanitaire particulier.