Le président de la République « n’a pas changé d’avis » sur le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé en France. Emmanuel Macron l’a affirmé le 4 décembre 2020 lors d’une interview par le média en ligne Brut. Il a aussi admis ne pas avoir réussi à atteindre l’objectif qu’il avait fixé lui-même en 2017 : sortir la France du glyphosate le 1er janvier 2021. Et il y voit trois raisons.

  1. Les distorsions de concurrence

    En 2017 l’Union européenne a réhomologué le glyphosate pour cinq ans. Emmanuel Macron a décidé de le maintenir au niveau français l’échéance de trois ans. Cette position était défendue par Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique, à Bruxelles.

    « J’ai dit : “Eh bien, nous français, je veux qu’on arrive en trois ans à [sortir du glyphosate].” Pourquoi n’avons-nous pas réussi ? Un, parce que quand les autres ne vont pas au même rythme que nous ; ça crée de la distorsion de concurrence. »

    « En gros, on sacrifie notre agriculture pour régler le problème, poursuit le président de la République. Et on ne le règle pas vraiment car on va continuer à manger les mêmes aliments qui étaient produits par nos agriculteurs, en les faisant importer de la Belgique, de l’Italie ou de l’Espagne qui, eux, continuent avec le glyphosate. Et donc ça montre une chose : quand on veut lutter contre les pesticides, c’est l’Europe le bon niveau. »

  2. Les éléments extérieurs à l’agriculture

    La deuxième raison de cet échec, selon Emmanuel Macron, ce sont les éléments externes à l’agriculture qui ont touché certaines filières. Le chef de l’État prend l’exemple du vin pour étayer son propos.

    « La filière vitivinicole était en train de sortir du glyphosate plus vite, estime-t-il. Ils ont eu un problème, les taxes américaines. Ils ont perdu beaucoup en rentabilité, ils ont dû ralentir. »

  3. L’absence d’alternatives

    Le président de la République a terminé son argumentaire sur les alternatives au glyphosate qui ne sont pas là. « Il faut à chaque fois apporter une solution à l’agriculteur », insiste-t-il.

    « Et pour moi, c’est très important, continue-t-il. Parce qu’il y a des jeunes agriculteurs qui s’installent. Ils ont autant envie que vous de se débarrasser des pesticides. Ils travaillent 75 à 80 heures par semaine. C’est ça leur vie. »

    « Ils ont un revenu qui est parfois en dessous du revenu minimum. Et si je leur interdis le glyphosate sans solution, [c’est comme leur dire, NDLR] tu vas aller débroussailler à la main ou à la machine. »

    « Ce sont des dizaines d’heures de plus par semaine, insiste Emmanuel Macron. C’est un investissement qui n’est pas compensé. Et parfois c’est même impossible simplement parce qu’il n’y a pas de vrai substitut. »

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Éric Roussel